Gothard: le National apporte son soutien au deuxième tunnel routier

Le National a accepté mercredi de soutenir la construction d'un deuxième tunnel routier du Gothard.

24 sept. 2014, 19:22
Le deuxième tunnel routier du Gothard est en bonne voie.

Le deuxième tunnel routier du Gothard a remporté une victoire d'étape importante. Après le Conseil des Etats, le National a accepté mercredi la construction de cette nouvelle galerie par 109 voix contre 74. Mais le peuple aura selon toute vraisemblance le dernier mot puisque le référendum est agendé.

"Personne ne conteste la nécessité d'assainir l'actuel tunnel, vieux de 30 ans", a déclaré la conseillère fédérale Doris Leuthard. Mais la question qui divise est à quel coût: 2,8 ou 1,7 milliard?

"La construction d'une deuxième galerie est certes plus chère que d'autres variantes, comme l'aménagement du ferroutage, mais elle a son utilité à long terme, lorsque la réfection de cet ouvrage redeviendra nécessaire dans 30 ou 40 ans, a-t-elle soutenu.

"Un tunnel à deux tubes correspond aujourd'hui à la norme européenne en vigueur et cette amélioration permet de réduire le nombre de victimes de 58%", a ajouté la cheffe du Département fédéral des transports.

Ne pas isoler le Tessin

Seule cette construction permettra de ne pas fermer l'axe Nord-Sud, qui relie le Tessin au reste de la Suisse durant l'assainissement de l’actuel tunnel du Gothard, a indiqué Fabio Regazzi (PDC/TI) au nom de la commission. "C'est une solution réfléchie et pragmatique qui contribuera à renforcer la sécurité", a-t-il ajouté, rappelant l'incendie de 2001 qui avait fait 11 morts.

Les députés de droite ont assuré que la nouvelle galerie ne serait ouverte que sur une voie unidirectionnelle pour ne pas augmenter la capacité des axes de transit routier alpin, conformément à l'article constitutionnel sur les Alpes.

La fermeture du tronçon durerait en outre trois ans, la durée des travaux nécessaires pour l'assainissement du vieux tunnel. "Ce serait une insulte pour nos concitoyens tessinois de les laisser isolés", a déclaré Max Binder (UDC/ZH).

Tentation irrésistible

La gauche et les Vert'Libéraux se sont battus en vain contre cet ouvrage. Leurs quatre propositions de renvoi au Conseil fédéral ont toutes été balayées par chaque fois plus de 110 voix contre environ 70.

"Veut-on saborder la protection des Alpes", s'est demandée Regula Rytz (Verts/BE). Selon elle, c'est croire au Père Noël que de prendre au sérieux les promesses de ne pas augmenter la capacité globale. "Juste après le premier embouteillage de Pâques, cette limitation sautera", a renchéri Edith Graf-Litscher (PS/TG).

La ministre des transports s'est insurgée contre cette vision. Il faudra toujours, selon elle, une votation populaire et une modification de la Constitution pour utiliser les quatre voies.

Mais pour les opposants, la nécessité d'un deuxième tunnel n'est pas non plus avérée. Au Gothard, 17'000 véhicules traversent chaque jour le tunnel, un nombre peu élevé comparé aux 140'000 qui circulent quotidiennement autour de Zurich, a cité en exemple la Thurgovienne.

Des projets pénalisés

Les 2,8 milliards investis dans la nouvelle galerie constitueront une concurrence directe pour d'autres projets routiers comme le trafic d'agglomérations, selon elle. "Ce deuxième tube est un cadeau empoisonné pour le Tessin, car il submergera à terme les routes du canton du Sud des Alpes", a renchéri Roger Nordmann (PS/VD).

Selon le Vaudois, cet ouvrage représentera une concurrence malvenue pour les nouvelles lignes ferroviaires alpines pour lesquelles la Confédération a consacré 15 milliards de francs rien que pour le Gothard et le Ceneri. "Il faut bannir tous les camions du tunnel routier pour les diriger vers le ferroutage", estime Jürg Grossen (PVL/BE).

Référendum prêt

Cette révision de la loi sur le transit routier dans la région alpine sera soumise à coup sûr à la votation populaire. "Le référendum est à la porte du tunnel", a averti Anne Mahrer (Verts/GE).

Et l'issue du scrutin n’est pas garantie: en 2004, le peuple avait rejeté par 63% le contre-projet à l’initiative Avanti qui autorisait la construction d’un deuxième tunnel sous le massif alpin.