Désaffectation de centrales et gestion des déchets: coûts réalistes

Les études de coûts réalisées sur le démantèlement des centrales nucléaires sont réalistes selon la Confédération. Avec la gestion des déchets radio-actif, il en coûterait 11,5 milliards de francs.

06 nov. 2012, 07:09
La Commission fédérale de la sécurité nucléaire recommande à l'Inspection  fédérale de la sécurité nucléaire d'aller plus loin dans les mesures de sécurité.

L'inspection fédérale de la sécurité nucléaire estime réaliste le montant de 11,5 milliards prévu pour le démantèlement des centrales et la gestion ultérieure des déchets radioactifs. La Fondation suisse de l'énergie (SES) critique au contraire des études de coûts lacunaires.

L'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) a été mandatée en 2011 pour vérifier les études de coûts établies par swissnuclear, la section de l'énergie nucléaire de swisselectric, la faîtière des entreprises productrices de courant. Elle a rédigé une prise de position destinée à la Commission du fonds de désaffectation et du fonds de gestion, lesquels devront couvrir l'ensemble des frais.
 
Les études ont été réalisées "correctement et de manière complète", a indiqué lundi l'IFSN dans un communiqué. Celle-ci a engagé des experts externes pour examiner des aspects tels que la faisabilité, les techniques prévues ou les quantités de déchets.
 
Des marges importantes
 
Les coûts ont été calculés pour chaque centrale nucléaire. "L'essentiel des coûts prévus avant la mise hors-service des installations concernent la recherche de sites pour la gestion des déchets et la sortie des barres à combustibles des réacteurs", explique David Suchet, porte-parole de l'IFSN. "Ces frais sont à la charge des exploitants, et non des deux fonds."
 
Pour la désaffectation proprement dit, swissnuclear a ainsi compté près de 3 milliards de francs entre les cinq centrales. Il est probable que les coûts effectifs se situent dans une fourchette de -15% à +30% par rapport à cette somme, signalent les experts. Cette précision est suffisante pour l'état actuel de la planification, selon l'IFSN.
 
Etudes "réalistes" pour l'IFSN
Du côté de la construction, de l'exploitation et de la fermeture des dépôts en couches géologiques profondes, l'examen de la Société coopérative pour le stockage des déchets radioactifs (NAGRA) est dit "conforme à la phase de projet."
 
L'IFSN juge les études de coûts, qui attribuent au total près de 16 milliards à la gestion des déchets, exactes à plus ou moins 25-30%. "Les marges d'erreur sont importantes, mais étant donné le nombre de projets qui restent à développer et au vu de l'état actuel des connaissances, l'IFSN juge les études réalistes", assure David Suchet.
 
Les contributions définitives des propriétaires d'installations pour la période de taxation 2012-2016 seront déterminées par la commission, sur la base des études de coûts 2012.
 
"Grossières erreurs"
 
Pour la Fondation suisse de l'énergie (SES), "l'IFSN a collectionné les oublis" dans ses vérifications. Elle réclame de nouvelles estimations, sans swissnuclear, afin que les exploitants couvrent dès à présent leurs frais, pas que ces derniers se répercutent un jour sur le contribuable.
 
Selon la SES, l'IFSN n'a notamment pas pris en compte dans ses vérifications le poids de gros projets tels que la construction de dépôts pour les déchets hautement radioactifs. Le coût est "difficilement estimable puisque de telles installations n'ont jamais été exécutées nulle part".
 
Consignes pour l'avenir
 
L'IFSN a présenté douze directives à respecter lors de la prochaine actualisation des études de coûts en 2016. Elle recommande de prendre en compte des retards imprévus lors de travaux de désaffectation et d'intégrer dans l'analyse des projets de démantèlement terminés à l'étranger.
 
Elle conseille aussi de tenir compte de la désaffectation de produits toxiques conventionnels comme l'amiante, de vérifier et remanier le calendrier pour le prélèvement de données souterraines ainsi que d'examiner pour chaque site l'épaisseur du soutènement du tunnel dans le dépôt.