Coopération: Berne se désengage de Madagascar après 50 ans

En cinquante ans, Berne avait engagé plus d'un demi-milliard de francs pour la coopération à Madagascar. Aujourd'hui, la Suisse s'est largement désengagée de la Grande Ile.
24 oct. 2013, 07:44
Après son indépendance en 1961, Madagascar est devenu un pays prioritaire pour la coopération suisse. Aujourd'hui, Berne  se limite à y soutenir de petits projets et à valoriser les acquis.

Après son indépendance en 1961, Madagascar est devenu un pays prioritaire pour la coopération suisse. En cinquante ans, la Confédération y a engagé plus d'un demi-milliard de francs. Aujourd'hui, Berne s'est largement désengagée de la Grande Ile. Elle se limite à y soutenir de petits projets et à valoriser les acquis.

Ce soutien, initié dans les années 1960, s'est considérablement accru durant les décennies suivantes. A la fin des années 1980, la Direction du Développement et de la Coopération (DDC) consacrait annuellement près de 30 millions de francs à des projets sur l'île.

Ces projets concernaient notamment la gestion des ressources naturelles, la recherche agricole, l’eau potable et la santé, selon un rapport rédigé en 2012 par Gion P. Cabalzar, ancien coopérant suisse à Madagascar.

Considéré pionnier dans la coopération au développement de Madagascar, Berne a constitué un appui majeur pour la jeune république. Au début surtout technique, son assistance a évolué afin de favoriser l'autonomisation des populations. Le renforcement des capacités locales ("empowerment") est ainsi devenu l'un des principaux modes d'intervention de la DDC à la fin du siècle.

Programme phare

L'année 1996 a marqué un tournant. Des facteurs internes à chaque Etat (notamment la hausse de la corruption à Madagascar, la réorganisation de la présence helvétique à des fins d'économies), et l'assassinat retentissant de Walter Arnold, coopérant suisse actif dans la construction de routes, ont conduit la DDC à fermer son bureau de coordination d’Antananarivo en 2000.

La Confédération décide alors de mettre un terme à l'un de ses programmes phares pour se retirer du pays. En 2001, l'engagement de la DDC est revu à la baisse et les fonds réduits à moins de dix millions par an. De fait, le retrait sera progressif.

Préserver les acquis

Intercoopération Suisse, organisation active de longue date dans la Grande Ile (fusionnée depuis avec Helvetas), reprend la gestion de ce programme. L’essentiel en est constitué par SAHA, un projet de développement rural touchant environ 1200 groupements paysans dans 400 communes. Le nombre de ses bénéficiaires est évalué à plus de 400'000.

Si ce programme a formellement pris fin en 2012, l'ONG locale SAHA a été fondée dès 2011 pour faciliter la transition et préserver les acquis d'une longue collaboration. Une série de conventions de financement de "mini-projets" ont été signées par la suite, dont la mise en oeuvre a été confiée à SAHA.

Capitaliser les expériences

Pour autant, la DDC n'a pas complètement déserté le terrain malgache. Elle poursuit son engagement en 2013 au travers d'un nouveau programme, appelé MATOY ("maturité"), qui vise à "capitaliser les expériences antérieures pour promouvoir une croissance économique durable".

MATOY se concentre sur trois domaines: le foncier, la fiscalité et le développement économique local. Le programme est exécuté par un consortium composé de HELVETAS Swiss Intercooperation, SAHA et l'Association Intercoopération Malgache. La première phase (2013-2016) bénéficie d'un budget total de 6,4 millions de francs.

Neuf projets en 2013

Par ailleurs, l'ambassade de Suisse à Antananarivo dispose d'un crédit destiné à financer chaque année une dizaine de "petites actions". Neuf projets ont été sélectionnés en 2013, parmi lesquels la réalisation d'un barrage dans la commune d’Ampahitrosy, l'alimentation en eau de l'Orphelinat St Paul par une pompe solaire et la contribution au contrôle de la leptospirose et de la cysticercose du bétail dans la zone de Moramanga.