56 heures de travail pour les assistants et chefs de clinique: illégal!

Les médecins-assistants et chefs de clinique suisses sont en colère. Ils dénoncent une surcharge de travail qui viole clairement plusieurs articles du droit helvétique. Des conditions qui effraient la relève: 16% des étudiants qui ont terminé leurs études de médecine ne deviennent jamais médecins.
14 avr. 2014, 14:57
Les conditions de travail des médecins-assistants et des chefs de clinique ne respectent pas le droit suisse.

Les conditions de travail légales ne sont pas respectées pour près de 70% des médecins-assistants et chefs de clinique en Suisse, a dénoncé lundi l'Association suisse des médecins-assistants et chefs de clinique (ASMAC). L'association craint que la santé des patients ne soit en jeu et demande un renforcement des contrôles.

Pour 69% des personnes interrogées, une ou plusieurs dispositions de la loi fédérale sur le travail (LTr), introduite en 2005, ne sont pas respectées. L'ASMAC s'est basée sur une enquête réalisée au premier trimestre 2014 auprès d'environ un quart de ses 13'000 membres dans toute la Suisse.

"Ces résultats sont attristants", a affirmé lundi à Berne devant les médias Nico van der Heiden, responsable politique et communication de l'ASMAC. Ils confirment ce que nous avons déjà dénoncé les années précédentes, c'est-à-dire des violations massives de la loi sur le travail dans la plupart des hôpitaux de Suisse, a-t-il poursuivi. Le sondage montre également que les violations sont plus fréquentes en Suisse romande et dans les hôpitaux régionaux.

Violations du droit

Les médecins-assistants travaillent ainsi en moyenne 56 heures par semaine. Dans la moitié des cas, la durée moyenne de travail dépasse les 50 heures prescrites par la loi. Pour un quart, elle est de plus de 60 heures.

Outre les heures moyennes de travail, les heures supplémentaires sont également montrées du doigt. En moyenne, les médecins-assistants et les chefs de clinique effectuent ainsi par année 141 heures de plus que l'horaire prévu. De plus, "29% des sondés ne connaissent même pas leur nombre d'heures supplémentaires", un constat particulièrement "consternant" pour M. van der Heiden.

Même constatation pour la durée des semaines de travail: 52% des médecins-assistants ont indiqué avoir travaillé au moins une fois plus de 7 jours d'affilée en 2013, ce qui est contraire à la loi. Une situation qui s'est produite plus de quatre fois dans l'année pour 27% d'entre eux, et qui mène au surmenage des praticiens, selon l'ASMAC.

Vaud et Berne en avance

L'ASMAC exige désormais que le secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) et les cantons contrôlent de façon plus stricte le respect de la loi dans les hôpitaux. Les cantons de Berne et de Vaud sont ainsi cités en exemple. "Pierre-Yves Maillard (ministre de la santé du canton de Vaud, ndlr), a entendu nos revendications et s'est impliqué dans le dossier", selon Anja Zyska Cherix, médecin-assistante au CHUV de Lausanne.

Le ministre a ainsi demandé une enquête officielle dans les hôpitaux vaudois, explique-t-elle. Les résultats devraient être connus dans les semaines qui viennent. L'ASMAC s'attend à des chiffres comparables aux siens.

Semaines de 42 heures

Il ressort aussi du sondage que plus de la moitié des médecins-assistants souhaiteraient que leur semaine de travail ne dépasse pas les 42 heures hebdomadaires à 100%. Et 38% seraient prêts à travailler jusqu'à 50 heures hebdomadaires.

Mais comme le relève le responsable de l'ASMAC, 16% des jeunes qui terminent leurs études de médecine ne deviennent jamais médecins, selon une étude de l'Office fédéral de la santé publique. Un signal clair de la dégradation des conditions de travail, affirme M. van der Heiden.

Santé des patients en cause

Plus inquiétant, 38% des sondés indiquent avoir constaté une mise en danger d'un patient à cause de la fatigue d'un praticien au moins une fois lors des deux dernières années. Un chiffre qui grimpe à 48% parmi les sondés qui travaillent plus de 60 heures par semaine, selon l'enquête.

Des affirmations réfutées par H+, l'organisation faîtière des hôpitaux suisse. "Depuis 2005 et la LTr, les conditions de travail se sont fortement améliorées. Entre 2005 et 2013, 2825 places de médecins-assistants ont été créées, soit une augmentation de 60%", a réagi lundi H+ dans un communiqué.

Les hôpitaux s'appuient également sur un sondage effectué auprès des patients en 2012. Sur une échelle de 10, les patients sondés avaient indiqué un indice de satisfaction moyen entre 9 et 9,4, poursuit H+.

"Avant 2005 et la LTr, la situation générale était clairement pire", a encore reconnu M. van der Heiden. Mais depuis le dernier sondage en 2006, rien n'a changé, déplore-t-il.