Lance Armstrong revient et règle ses comptes: "on ne gagne pas le Tour sans se doper"

Le journal Le Monde lance un gros pavé sur les vélos. A la veille de la première étape du 100e Tour de France, Lance Armstrong, celui que tout le cyclisme cherche à ranger dans les oubliettes, sort du bois et conspue dans un long entretien ce monde qui l'a fait successivement héros, empereur, traître et banni.

28 juin 2013, 11:19
Lance Armstrong est sorti de son silence, que tout le monde croyait acquis.

La grand-messe télévisuelle de janvier avait mis un terme à des années de doute. Les aveux de Lance Armstrong, septuple vainqueur déchu de la Grande Boucle, devant Oprah Winfrey, star du talk-show américain, laisse croire à une page qui se tourne.

"Lance Armstrong, le menteur, avoue". "Le plus grand tricheur mis à nu". "Le système de dopage le plus sophistiqué du monde est dévoilé." Le monde du sport se prend à rêver et les plus grands titres s'en font l'écho. La victoire sur le dopage, rêvée, semble acquise.

Un visage pouvait incarner le dopage

Le monde du cyclisme, plus que d’en faire un exemple, a alors choisi d’enterrer et d’oublier Armstrong. Hors de question d’entendre les excuses ni de le brûler en sorcier sur le bucher flamboyant d’un cyclisme du renouveau et de la propreté. Lui, c’est la case oubliettes. Le nom est effacé, l’ère Armstrong n’a jamais existé sur le Tour. Lâché par tous ses sponsors, poursuivi pénalement, contraint de vendre sa maison pour payer les avocats, Lance Armstrong semble voué à disparaître. Les craintes de révélations fracassantes en série s'étant apaisées, le Tour pense s'élancer d'un nouveau coup de pédale.

L’occasion était trop belle. A la veille d’une 100e édition d’un Tour de France que l’on promet et garantit – encore – sans dopage, le Texan revient. Dans un entretien accordé au Monde, le plus détesté des maillots jaunes «raconte toute l’histoire». Que l’on se détrompe, Armstrong n’appelle pas au pardon, le deuil est fait, les remords restent. Fort de son statut de tricheur avéré, il en profite pour détruire le mythe d’un Tour propre, évoque les «manipulations de l’Union Cycliste Internationale et de son président Pat MacQuaid» et raconte sa version. Le Monde, en donnant la parole à Armstrong la veille du départ du Tour de France, jette un immense pavé dans la marre qui n’a pas fini de faire des remous ces trois prochaines semaines de course.

Extraits choisis:

«C’est impossible de gagner le Tour de France sans se doper. Car le Tour est une épreuve d’endurance, où l’oxygène est déterminant.»

«Le rapport de l’USADA (ndlr, agence américaine antidopage), ce ne sont que des conneries. On a vu que l’affaire Puerto était cent fois plus sophistiquée. Notre système était très simple, très conservateur, et pas maléfique. L’histoire montrera que tout ça n’est qu’une simple posture de l’USADA pour faire du buzz.»

«Pat McQuaid (président de l’UCI) peut dire et penser ce qu’il veut, il n’a aucun crédit en matière de lutte contre le dopage. Les choses ne pourront pas changer si McQuaid reste au pouvoir. »

«Je n'ai pas inventé le dopage, désolé Travis [Tygart, le directeur de l'Usada]. Et il ne s'est pas non plus arrêté avec moi. J'ai simplement participé à ce système.»

« Je n'ai jamais eu peur des contrôles antidopage. Notre système était assez basique et sans risque. J'avais beaucoup plus peur de la douane et de la police.»

Le directeur du Tour répond

Christian Prudhomme, directeur du Tour de France, répond à Lance Armstrong sur les ondes de France Info ce vendredi matin et n’a pas promis un Tour propre : "nous ne sommes pas dans un monde parfait".  Le directeur du Tour a aussi appelé à plus d’équité et à ne pas bannir le cyclisme : "Il faut que toutes les disciplines, tous les sports dans tous les pays soient traités de la même manière et ça n'est pas le cas." "Il ne faut pas se tromper d'ennemi, a-t-il poursuivi. L'ennemi, c'est le dopage, ce n'est pas une discipline et encore moins le Tour de France." 

"Faites-nous rêver", a-t-il enfin lancé aux 198 coureurs qui s'élanceront de Porto-Vecchio samedi.

Bernard Hinault, exaspéré, quitte un duplex de BFMTV ce vendredi matin:

Le malaise provoqué par l'entretien de Lance Armstrong semble bien présent. En témoigne l'attitude de Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France, exaspéré des questions sur le dopage et qui quitte le duplex de BFMTV en pleine interview ce vendredi matin.

A la question, "peut-on gagner le Tour sans tricher?" Bernard Hinault estime que beaucoup de "coureurs sont passés aux contrôles et n'ont pas été pris."