Quand les migrants ont le mal du pays

La santé des migrants se détériore plus rapidement que celle des Suisses.

01 mai 2014, 00:01
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"De manière générale, les étrangers qui viennent s'installer en Suisse sont en bonne santé" , note Aude Monnat, présidente de la Commission cantonale consultative des personnes migrantes. "Pourtant, avec les années, on remarque que leur santé se détériore plus vite que celle des Suisses" , continue-t-elle. Leur accès à notre système de soins est également moins aisé. Les acteurs de la santé et de l'intégration du canton du Valais aimeraient pouvoir diminuer cet écart. Après une journée d'échange et de discussions début avril, ils veulent collaborer plus étroitement tout en renforçant les structures existantes. Dans le même temps, quelques pistes ont été évoquées pour améliorer la santé des populations étrangères.

Des populations précaires

S'agissant du comportement en matière de santé, plusieurs constats peuvent être dressés. De manière générale, les migrants qui viennent de s'installer en Valais font moins attention à leur alimentation. Ils ne pratiquent pas une activité physique régulièrement. Ils consomment moins d'alcool que la population autochtone, mais sont plus nombreux à fumer. Les migrants occupent souvent des postes plus précaires que les Suisses: "Les personnes exerçant un métier physique et difficile dans le domaine du bâtiment ou des nettoyages, par exemple, se retrouvent plus facilement en incapacité de travail" , précise Aude Monnat. Enfin, "les migrants sont plus souvent sujets aux dépressions que la population indigène. Cela peut s'expliquer par le fait qu'ils ont idéalisé leur nouvelle vie. Et il y a souvent un fossé qui sépare leur rêve de la réalité" , estime Aude Monnat. Ces difficultés touchent moins les riches étrangers que les personnes faisant partie d'une classe socio-économique avec un faible niveau d'éducation et un petit revenu.

Pour orienter et informer ces migrants, les communes leur distribuent une brochure de bienvenue à leur arrivée en Valais. Traduite en huit langues, elle donne notamment des informations sur le fonctionnement du système de santé et sur l'obligation de s'affilier à une assurance-maladie. Le document redirige aussi vers des sites internet utiles pour trouver des renseignements complémentaires. En ce qui concerne les requérants d'asile, ils sont pris en charge dans les centres d'accueil. Ils ont donc un accès facilité à l'information.

Prévention

Pour les adultes, Aude Monnat leur conseille de choisir un médecin généraliste et ce, même si leur séjour est de courte durée. "Cela leur permet d'avoir un seul référent et ça peut leur éviter d'aller aux urgences en cas de problèmes" . Le directeur de Promotion Santé Valais, Jean-Bernard Moix, ajoute que le meilleur moyen de favoriser une bonne santé des migrants reste l'intégration. Cela permet non seulement de se faire comprendre, mais aussi de tisser des liens avec la population locale.

Une autre manière de toucher les populations à risque et d'influencer positivement leur état de santé serait de cibler la prévention sur les familles avec des enfants de 0 à 6 ans. C'est du moins ce que montre le rapport de Susie Riva-Mossman, Docteur en sciences sociales. Les parents doivent régulièrement se rendre chez le pédiatre pour suivre l'évolution de leur enfant. Et dans un deuxième temps, l'enfant va bénéficier d'un suivi dans le milieu scolaire. "De cette manière, on touche les parents en leur donnant les clés pour utiliser notre système de santé. Ils acquièrent ainsi les bons réflexes qu'ils peuvent ensuite transmettre à leurs enfants" , souligne la chercheuse.

Système à apprivoiser

Le système de santé suisse n'est pas simple à comprendre pour une minorité de migrants (10%). D'une part, la culture et le fonctionnement des soins dans leur pays sont très différents. Et d'autre part, ils ne parlent et ne comprennent pas bien notre langue. A cela peut encore s'ajouter "la difficulté pour le personnel soignant de diagnostiquer des maladies peu courantes, voire inexistantes en Valais, comme le paludisme ou la malaria" , ajoute-t-elle. Reste que pour la majorité des migrants, les choses ne sont pas si compliquées. "Ils sont pour la plupart issus d'Europe (90%). Ils ont un système de santé performant chez eux et ont l'habitude de l'utiliser. Chez nous, ils y ont recours de la même manière" , poursuit Aude Monnat.

Quoi qu'il en soit, migrant ou non, Susie Riva-Mossman recommande à tout un chacun: "Le respect de l'autre pour permettre le bien-être de chaque être humain. C'est une condition indispensable pour maintenir la bonne santé de la population migrante."

Lorsqu'un migrant se rend chez un médecin pour se faire soigner, il a parfois de la difficulté à parler en français et il ne comprend pas toujours ce que le médecin lui dit. Dans ces cas, il est possible de faire appel à un interprète. L'association valaisanne interprétariat communautaires (AVIC) forme des gens issus de la migration. "Ils sont bilingues et ils sont capables d'une part de traduire, mais aussi d'expliquer le contexte. Pour donner un exemple, dans certains pays, les accouchements se font à la maison avec une sage-femme et la grand-mère. Les femmes ne vont jamais chez le gynécologue. Il faut donc leur expliquer qu'ici c'est différent et leur parler de notre système" , explique Aude Monnat, présidente de la commission cantonale consultative des personnes migrantes. La SUVA et les institutions psychiatriques du Valais romand font souvent appel à ce service payant. " C'est plus compliqué de l'utiliser dans des cabinets privés" , regrette Aude Monnat.

Les migrants et les soignants peuvent aussi avoir recours à un autre service pour se comprendre: des interprètes disponibles par téléphone (www.inter-pret.ch) "Ça permet de dépanner en cas d'urgence par exemple. Il y a toujours quelqu'un de disponible pour faire le lien entre le patient et le soignant" , explique Aude Monnat en précisant que l'appel est payant.