Des méthodes musclées pour restaurer l'équilibre entre les sexes en Inde

Etre maman ou papa d'une fille: ce n'est plus un drame en Inde. L'équilibre entre les sexes commence à se rétablir.

01 août 2012, 09:07
Evolution de la société en Inde. Les filles sont de moins en moins victimes d'infanticides.

C'est un spectacle peu commun qu'offre, dans le nord de l'Inde, la maternité de l'hôpital public du district de Nawanshahr: des mères viennent d'accoucher d'une fille et les nouveaux parents la bercent tendrement, un changement radical de comportement dans une région où les filles étaient autrefois victimes d'infanticides.

Jusqu'en 2004, Nawahshahr, dans l'Etat rural du Pendjab, était connu pour son déséquilibre abyssal entre les sexes, avec un ratio annuel de 795 filles pour 1.000 garçons à la naissance.

Mais la situation s'est profondément modifiée ces huit dernières années. En 2011, le ratio s'était redressé à 949 filles pour 1.000 garçons, revenant presque à l'équilibre naturel de 952 pour 1.000.

Ce succès fulgurant dans un pays où les femmes restent soumises à une forte pression sociale pour engendrer des garçons, vus comme une chance pour la famille, s'explique par les vigoureuses méthodes des autorités: elles surveillent les grossesses et font pression sur les parents, quitte à leur faire honte si elles cherchent à supprimer les filles.

Menée conjointement à une campagne de sensibilisation contre le foeticide de filles et l'avortement sélectif, cette stratégie a vite payé.

Échographies

Le changement intervint en 2005 lorsque le chef du district, Krishan Kumar, lança une campagne contre le recours aux échographies pour connaître le sexe du bébé, une pratique illégale en Inde mais aisément contournable grâce au nombre d'appareils disponibles, jusque dans les campagnes les plus reculées.

En deux ans, près de deux tiers des centres d'échographie de Nawanshahr ont été fermés ou contraints à suspendre leurs activités pour violation de la loi.

Grâce à des femmes enceintes ayant accepté de se faire passer pour des patientes, les autorités ont réussi à piéger en caméra cachée trois médecins qui leur proposaient de choisir le sexe de leur bébé.

Garçon valorisé

Dans cette société conservatrice, la fille représente souvent une charge financière pour les parents, contraints de verser une dot à la belle-famille lors de son mariage. Le garçon est en revanche valorisé car il rapporte une dot à sa famille lors de son mariage et en raison de son rôle primordial lors des cérémonies hindoues pour les crémations.

Lors du dernier recensement en Inde, en 2011, le pays a découvert que l'écart entre le nombre de filles et de garçons à la naissance n'avait jamais été si élevé depuis l'indépendance en 1947.

A Nawanshahr, les autorités ont aussi utilisé une autre tactique pour arriver à leurs fins: faire pression sur les futurs parents et constituer un fichier de données pour assurer "la traçabilité" des grossesses.

Porte-à-porte

Du personnel de santé a été employé à faire du porte-à-porte pour enregistrer les nouvelles grossesses dans les foyers et à revenir à la date estimée de l'accouchement pour vérifier l'arrivée du bébé.

Si la famille refuse de répondre aux questions ou évoque une fausse couche, une enquête est alors déclenchée pour suspicion de foeticide de fille.

Pour Jaspal Singh Gidda, qui dirige une ONG locale, Upkar Coordination Society, et travaille main dans la main avec les autorités, le but est de faire honte publiquement aux couples qui optent pour l'avortement sélectif.

Par deux fois, M. Gidda et d'autres volontaires d'Upkar ont organisé une cérémonie funèbre devant la maison de couples ayant pratiqué l'avortement sélectif pour faire le deuil du foetus.

Des membres de l'ONG organisent aussi des marches dans des villages en chantant des chansons à la gloire des filles: "Les filles sont nées pour gouverner, non pour être massacrées", clament-ils dans les rues.

Méthodes critiquées

Le succès des chiffres dans ce district a attiré l'attention du reste du pays et provoqué des critiques sur les méthodes employées. Pour des médecins tels que Usha Kiran, qui travaille à la maternité du district, l'intervention musclée est la seule solution. "Si le gouvernement ne s'y met pas, les gens ne changeront pas", assure-t-elle.