Contre la maltraitance, le respect

En situation de fragilité et de dépendance, elles sont plus facilement sujettes à de la négligence ou à de la maltraitance.

26 mars 2015, 00:01
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Confisquer la sonnette à une personne âgée qui sonne souvent pour avoir la paix. Ne pas lui donner accès à son argent. Infantiliser et ridiculiser cette personne. Ne pas lui changer sa protection urinaire. Ne pas respecter sa volonté et ses besoins. La liste des exemples de maltraitance est longue. Elle peut aussi bien être le fait de professionnels que de proches. Elle peut prendre différentes formes et toucher l'intégrité de la personne à plusieurs niveaux: psychologique, physique, sexuel, matériel et financier, ou encore constituer de la négligence.

Si parfois, l'acte est commis volontairement, ce n'est pas toujours le cas. "Lorsqu'une personne soignante oblige une personne diabétique de 95 ans à suivre à la lettre un régime pour son bien, alors que cette dernière aspire seulement à se faire un peu plaisir en mangeant des sucreries, quitte à vivre moins longtemps, cela peut également être considéré comme de la maltraitance" , note Delphine Roulet Schwab, docteure en psychologie et professeure à l'Institut et Haute école de la santé La Source à Lausanne. Les victimes de maltraitance sont le plus souvent des personnes qui demandent beaucoup d'aide et de soins. Les personnes âgées, voire très âgées, celles atteintes de démence et les personnes isolées présentent également plus de risques d'être victimes de maltraitance et de négligence. Quant à l'auteur de maltraitance, il s'agit souvent d'une personne poussée à bout, épuisée, qui n'arrive plus à répondre aux exigences de la personne âgée et se sent totalement dépassée.

 

Un mal évitable

 

Il est possible d'éviter d'en arriver à cette extrémité. "Il est important de tenir compte des besoins, des attentes et des priorités de la personne âgée. Il faut toujours analyser la situation de son point de vue, en la plaçant au centre de la réflexion. Il faut adopter une attitude bienveillante et bienfaisante à son égard, en essayant autant que possible d'individualiser l'aide et les soins apportés" , explique Delphine Roulet Schwab. "Nous invitons la famille et les soignants à valoriser les compétences de la personne âgée. Il faut l'encourager pour ce qu'elle arrive encore à faire et non la rabaisser sur ce qu'elle n'arrive plus à faire" , ajoute le Dr Stefan Scholand, médecin chef de la psychiatrie de la personne âgée au centre psychiatrique du Haut-Valais. Lorsque la situation est difficile, il faut s'organiser et chercher de l'aide. "Il existe différents soutiens pour les proches aidants. Il y a des structures en Valais qui peuvent prendre le relais et soulager les familles de ces personnes âgées" , note Elsbeth Kalbermatter, psychothérapeute FSP et spécialiste en gérontologie au centre psychiatrique du Haut-Valais. Le médecin, le Centre médico-social de la région, Pro Senectute ou l'association Alzheimer peuvent, par exemple, apporter des solutions concrètes. Face à un cas de maltraitance, l'association alter ego peut aussi soutenir la personne et la guider au mieux dans ses démarches. Face à un tel cas, il faut, de manière indirecte et avec beaucoup de sensibilité, essayer d'ouvrir le dialogue avec la personne concernée et l'encourager à parler de sa situation.

 

PROBLEME DE SOCIETE CHANGER NOTRE REGARD SUR LES AINES ET LES VALORISER

 

"La problématique de la maltraitance commence d'abord au niveau social. Globalement, la société considère les gens de plus de 65 ans comme des personnes fragiles ou dépendantes. On pense souvent que les gens ont besoin de soin et, de fait, la société ne leur offre pas beaucoup de respect au niveau social. Cette manière de voir le monde génère déjà de la souffrance" , souligne le Dr Stefan Scholand, médecin chef de la psychiatrie de la personne âgée au centre psychiatrique du Haut-Valais. Seuls 10% des personnes âgées nécessitent des soins et sont plus ou moins dépendants. Les autres seniors sont souvent en forme. Ils gardent leurs petits-enfants, soignent leur conjoint malade. Ils sont des acteurs et des consommateurs de notre société. "Nous devons les valoriser et reconnaître leurs nombreuses compétences. C'est important!" conclut-il.

 

OFFRIR SON SOUTIEN

 

"Les personnes seules sont plus vulnérables. Elles peuvent plus facilement être sujettes à des actes de négligence" , explique Elsbeth Kalbermatter, psychothérapeute FSP et spécialiste en gérontologie au centre psychiatrique du Haut-Valais. Il n'y a personne pour constater de la maltraitance, pour veiller sur la personne ou pour activer un réseau de professionnels afin de l'aider. Les spécialistes interrogés sont unanimes. Il faut prendre soin et essayer de briser la solitude des personnes qui vivent tout près de chez soi. "Tout le monde peut donner de son temps pour aider une autre personne. Il n'y a pas besoin de formation pour le faire" , termine-t-elle.