Vers un retard de six mois pour la nouvelle Constitution

La date d'adoption de la nouvelle constitution tunisienne fixée par le gouvernement va être reportée de plusieurs mois à février 2013. Un délai qui, selon des opposants, risque de conduire au "chaos".

14 août 2012, 07:12
Mustapha Ben Jaafar, membre de l'ANC dit ne pas vouloir d'une constitution baclée tandis que le peuple s'interroge su r la lenteur de la rédaction du texte.

Le rapporteur de la nouvelle Constitution tunisienne a annoncé lundi que la date d'adoption du texte fixée par le gouvernement allait être reportée de plusieurs mois à février 2013. Un délai qui, selon des opposants, risque de conduire au "chaos".

Le rapporteur, Habib Kheder a indiqué lundi soir que la loi fondamentale sera sans doute soumise à l'Assemblée nationale constituante (ANC) en "février 2013", corrigeant ses propos tenus plus tôt dans la journée et dans lesquels il évoquait le mois d'avril.
 
Cet élu d'Ennahda, le parti islamiste qui domine le gouvernement formé avec deux formations de centre-gauche - le Congrès pour la République du président Moncef Marzouki et Ettakatol -, a jugé ce nouveau calendrier "réaliste".
 
Le gouvernement a jusqu'à présent toujours présenté le 23 octobre 2012 comme la date butoir pour l'adoption de la Constitution et prévoyait des élections générales en mars 2013.
 
Selon M. Kheder, un nouveau calendrier fera l'objet d'une réunion à l'ANC le 3 septembre, veille de la reprise de la session parlementaire. Il a refusé de se prononcer sur la date de futures élections, estimant que cette question est du "ressort du gouvernement".
 
L'opposition mécontente
 
Le président de l'ANC, Mustapha Ben Jaafar (Ettakatol) a lui réaffirmé lundi soir l'objectif du 23 octobre, reconnaissant cependant qu'il sera difficile de respecter ce calendrier. "Nous ne voulons pas d'une Constitution baclée. Il faut faire vite, mais pas se précipiter", a-t-il déclaré lors d'un entretien télévisé.
 
Des opposants se sont pour leur part emportés contre la lenteur de la rédaction du texte, alors que le régime du président Zine El Abidine Ben Ali s'est écroulé il y a plus d'un an et demi.
 
"Est-ce que le pays est capable de supporter tant de retard? La fragilité de l'économie tunisienne peut-elle souffrir autant de retard?", a lancé Issam Chebbi, député et porte-parole du parti Républicain (centre).
 
"Nous demanderons une loi qui fixe la date des élections", a-t-il ajouté estimant que "plus la transition dure et plus le chaos se diffuse dans le pays". La reconnaissance des difficultés de la constituante intervient en effet dans un contexte politique et social tendu.
 
Ennahda accusé de dérive autoritaire
 
Les manifestations notamment contre la politique économique et sociale du gouvernement se sont récemment multipliées alors que le chômage et la misère étaient au coeur de la révolution de 2011. Plusieurs ont été réprimées violemment.
 
Par ailleurs, l'opposition et la société civile accusent Ennahda d'une dérive autoritaire et d'organiser une islamisation rampante de la société en s'attaquant notamment à la liberté d'expression ou au droit des femmes.
 
Les principaux partis tunisiens s'étaient donnés un an à compter de l'élection le 23 octobre 2011 de l'ANC pour rédiger la nouvelle loi fondamentale et remplacer les textes provisoires régissant le pays à la suite de la révolution.
 
Ces travaux traînent en longueur faute d'un compromis sur la nature du régime. Les islamistes réclament un système parlementaire pur, tandis que les autres partis militent pour laisser d'importantes prérogatives au chef de l'Etat.