Une ONG dénonce l'importation d'or produit par des enfants

Une ONG révèle que des tonnes d'or importées en Suisse proviennent du Burkina Faso, où des enfants exploitent les mines. Deux sociétés helvétiques sont pointées du doigt.
11 sept. 2015, 10:54
epa03310929 A picture made available on 19 July 2012 shows children working under a wooden tent on the terrain of an illegal gold mine near Kaya, Burkina Faso, 05 July 2012. More than 11,000 kids and minors in Niger and Burkina Faso have to work in illegal gold mines under life-threatening conditions.  EPA/HELMUT FOHRINGER

Alors que la Suisse indique importer chaque année plusieurs tonnes d'or du Togo, la Déclaration de Berne révèle dans une enquête que le métal jaune provient en réalité du Burkina Faso, où des enfants exploitent les mines. L'ONG dénonce des "conditions innommables" et pointe du doigt deux sociétés helvétiques.

En 2014, l'achat d'or en Suisse s'élevait à près de 7 tonnes, soit bien plus que ce que le Togo, aux rares gisements, est capable de fournir, indique jeudi la Déclaration de Berne (DB) dans un communiqué. L'ONG helvétique a remonté toute la filière pour découvrir que l'or était issu de mines au Burkina Faso.

Sur place, 30 à 50% des travailleurs sont des enfants. Chaque jour, ils risquent leur vie, en descendant dans des conduits peu sécurisés et mal ventilés. Les produits qu'ils respirent sont toxiques, source de graves maladies. Le matériel de protection est inexistant, dénonce DB.

Une fois extrait, le précieux métal est acheminé illégalement vers le Togo par de puissants réseaux de contrebande. Il est ensuite importé par une société aux mains d'une famille libanaise, le groupe Ammar, qui l'importe en Suisse via sa filiale genevoise MM Multitrade. L'or finit son périple peu transparent à la raffinerie tessinoise Valcambi, détaille l'organisation.

Réglementation nécessaire

Pour le Burkina Faso, un des pays les plus pauvres au monde, cette contrebande entraîne d'importantes pertes fiscales, estimées à 6,5 millions de francs pour l'année 2014 par DB. Cela représente un quart de l'aide au développement octroyée la même année par la Suisse au pays.

Selon l'ONG, l'enquête montre la nécessité d'établir une réglementation contraignante pour les sociétés suisses du secteur des matières premières. Elle estime difficile à croire que la firme importatrice, aussi bien que l'entreprise de transformation ignorent la provenance des précieuses pépites.

D'autant plus que Valcambi "se targue dans son "code de conduite" de connaître en détail sa chaîne d'approvisionnement et d'appliquer à la lettre les standards du secteur, qui visent notamment à prévenir la commercialisation d'or produit en violation des droits humains".

Un goût de déjà-vu

"Malheureusement les autorités suisses refusent de rendre obligatoires de telles procédures (s'assurer de ne pas être impliqué dans de telles violations et en cas d'atteintes aux droits humains, prendre des mesures et en rendre compte de manière transparente, ndlr) et préfèrent s'en remettre aux initiatives volontaires des sociétés", constate Dick Marty, ancien procureur et ancien conseiller aux Etats, interrogé sur ce sujet par La Liberté.

Et d'ajouter que les entreprises ont pour principal devoir de s'interroger sur l'impact de leurs activités sur les doits humains. "Tout cela rappelle les montages financiers pour blanchir de l'argent sale: une série de passages à travers des intermédiaires pour brouiller les pistes et diluer les responsabilités".

Interrogé par l'ats, Valcambi n'avait pas encore répondu jeudi à la mi-journée.