Ukraine: Moscou prive Kiev de gaz, risque de pénurie d'eau à Donetsk

La Russie a "réduit à zéro" les livraisons de gaz à Kiev, ne laissant entrer que les volumes destinés aux pays européens, a indiqué lundi le ministre ukrainien de l'Energie Iouri Prodan.

16 juin 2014, 18:31
FILE - In this Wednesday May 21, 2014 file photo, a Ukrainian worker operates a valve in a gas storage point in Bil 'che-Volicko-Ugerske underground gas storage facilities in Strij, outside Lviv, Ukraine. Russia on Monday, June 16, 2014, cut gas supplies to Ukraine as a payment deadline passed and negotiators failed to reach a deal on gas prices and unpaid bills amid continued fighting in eastern Ukraine. The decision does not immediately affect the gas flow to Europe, but could disrupt the long-term energy supply to the region if the issue is not resolved, analysts said. (AP Photo/Sergei Chuzavkov, file)

La Russie a mis sa menace à exécution lundi et a coupé le gaz à l'Ukraine. L'Europe s'en inquiète pour l'heure modérément en prévision de l'hiver. Sur le front de l'est, des séparatistes ont occupé lundi la Banque centrale de Donetsk alors qu'une grave pénurie d'eau menace toute la région.

Le directeur général du géant gazier russe Gazprom, Alexeï Miller, a déclaré qu'il n'y avait "plus matière à discussion" avec l'Ukraine, qu'il a accusée de "chantage" après l'échec des négociations qui a conduit à la décision de cesser les approvisionnements.

La Russie a "réduit à zéro" les livraisons de gaz à Kiev, ne laissant entrer que les volumes destinés aux pays européens, a indiqué le ministre ukrainien de l'Energie Iouri Prodan. Mais il a assuré que son pays ne perturberait pas le transit vers l'Europe.

Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a dénoncé de son côté une mesure entrant, selon lui, dans un plan russe pour "détruire l'Ukraine".

Craintes pour l'hiver

Après des crises similaires en 2006 et 2009 qui avaient affecté les approvisionnements en gaz de l'Europe, celle-ci, survenue juste avant l'été, n'aura pas d'impact immédiat. "Nous ne voyons pas de menace pour les approvisionnements de l'Allemagne" gros consommateur du gaz russe, a réagi lundi le ministère allemand de l'Economie.

Près de la moitié du gaz importé de Russie en Europe, soit environ 15% de la consommation européenne, transite par le territoire ukrainien. Le commissaire européen à l'Energie, Guenther Oettinger, a averti que l'Europe pourrait être confrontée cet hiver à une pénurie de gaz si l'Ukraine puisait dans les réserves sur son sol.

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a appelé dès lundi la Russie et l'Ukraine à "faire un effort" pour trouver un accord en vue d'une reprise des livraisons de gaz. Mais Gazprom a mis en garde l'UE quant à de "possibles perturbations" si l'Ukraine prélevait du gaz sur les volumes en transit, comme ce fut le cas lors des précédents conflits liés au gaz.

Gazprom a également annoncé avoir saisi la cour d'arbitrage internationale de Stockholm concernant la dette gazière de l'Ukraine (4,5 milliards de dollars). Kiev a répliqué en déclarant avoir entamé une procédure devant la même juridiction à propos du prix du gaz. La compagnie ukrainienne Naftogaz réclame six milliards de dollars à la partie russe, estimant avoir trop payé depuis 2010.

Système "paralysé"

Cette crise s'ajoute à l'insurrection prorusse dans l'est, où des séparatistes occupaient lundi le bâtiment de la Banque centrale à Donetsk, la capitale régionale, et ont "paralysé", selon les termes de Kiev, le système financier régional. "Le versement des salaires et des retraites est suspendu", s'est inquiété le gouvernement ukrainien. Autre signe d'impuissance pour Kiev, les forces de l'ordre ukrainiennes n'ont pu empêcher cette occupation.

Il s'agit désormais de "subordonner la Banque centrale, le ministère des Impôts et le Trésor à la République populaire (autoproclamée, ndlr) de Donetsk", a déclaré Olexandre Matiouchine, l'un des hommes armés en treillis et gilet pare-balles postés devant le bâtiment à Donetsk, d'où sortaient les employés de la banque.

Selon l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, présidée cette année par la Suisse, la région de Donetsk est exposée à une grave pénurie d'eau. Une station de pompage et une conduite ont été endommagées à Semionovka, à 5 km de Donetsk, ont révélé des experts. Or ce site "assure l'essentiel de l'approvisionnement en eau du million d'habitants de Donetsk et des trois autres millions d'habitants de la région".

Eventuelle trêve

Au sortir d'une réunion du Conseil de sécurité nationale convoquée après l'attaque ce week-end d'un avion faisant une cinquantaine de morts dans les rangs ukrainiens à Lougansk, le nouveau président ukrainien Petro Porochenko s'est prononcé lundi en faveur d'une trêve dans l'est, le temps de parvenir à un accord de sortie de crise.