Ukraine: les pro-russes de Donetsk inflexibles malgré Genève

Le départ réclamé par l'accord négocié à Genève des séparatistes pro-Russes qui occupent des bâtiments publics dans l'est de l'Ukraine risque de prendre du temps. Ils réclament par exemple que soit d'abord libérée la place de l'Indépendance de Kiev.
18 avr. 2014, 07:18
ettsk ukraineA sign reading "Ukraine and Russia are sisters forever" is attached to tires forming part of a barricade in front of the city hall as flags meant to represent the Donetsk Republic fly alongside Russian flags in Mariupol, Ukraine, Thursday, April 17, 2014. Three pro-Russian protesters were killed and 13 injured during an attempted raid overnight on a Ukrainian National Guard base in the Black Sea port of Mariupol, Ukraine's authorities said Wednesday. (AP Photo/Sergei Grits)

Les séparatistes pro-Russes occupant des bâtiments publics dans l'est de l'Ukraine ont estimé jeudi soir que leur départ, réclamé par l'accord négocié à Genève, dépendrait d'autres conditions. Parmi elles, la libération de la place de l'Indépendance de Kiev où des partisans des nouvelles autorités ukrainiennes campent toujours.

"Si cela porte sur toutes les places et tous les bâtiments publics, alors j'imagine qu'il faudra commencer par le Maïdan à Kiev", a dit Alexander Zakhartchenko, un des responsables du mouvement de protestation à Donetsk. "Nous allons voir ce qu'ils vont faire avant de prendre notre propre décision ici", a-t-il poursuivi.

Négociée par les représentants de l'Ukraine, de la Russie, des Etats-Unis et de l'Union européenne, la déclaration commune de Genève réclame l'arrêt immédiat des violences en Ukraine.

Elle précise également que "tous les groupes armés illégaux doivent être désarmés; tous les bâtiments occupés illégalement doivent être restitués à leurs propriétaires légitimes; toutes les rues, places et autres lieux publics dans les villes ukrainiennes doivent être libérés".

D'autres contestataires pro-russes de Donetsk estiment même, puisque les nouvelles autorités en place à Kiev ont pris le pouvoir à la faveur de la contestation de l'hiver dernier, que le Premier ministre Arseni Iatseniouk et le président par intérim Oleksander Tourtchinov "occupent" eux aussi illégalement les sièges du pouvoir central. Ils demandent qu'ils les libèrent.

"Alors seulement nous pourrons discuter de ce que nous ferons ici, à Donetsk", ajoute Kirill Roudenko, porte-parole de l'autoproclamée "République populaire de Donetsk".

Tensions sur un référendum

Evguéni, un des hommes de main du mouvement séparatiste qui monte la garde sur une barricade érigée devant le siège du gouvernement régional de Donetsk, occupé depuis le 6 avril, explique: "Si nos chefs nous disent de partir, nous partions. Mais notre exigence demeure: nous voulons un référendum régional le 11 mai."

Un de ses camarades, Sacha, complète: "Nous avons montré à ces fascistes de Kiev qu'ils ne pouvaient pas nous écraser. Nous aurons notre république de Donetsk."

L'accord de Genève enjoint au gouvernement de Kiev d'ouvrir un "large dialogue national". Et M. Iatseniouk a proposé de renforcer les prérogatives des régions face au pouvoir central dans le cadre d'une réforme institutionnelle.

Mais Kiev s'oppose à tout référendum local sur le modèle de ce qui s'est passé en mars en Crimée et rejette l'introduction du fédéralisme dont le pouvoir central estime qu'il mènerait à la dislocation du pays.

Obama peu optimiste

Le président des Etats-Unis Barack Obama a dit pour sa part jeudi soir n'avoir aucune certitude que l'accord conclu sur l'Ukraine à Genève permette une désescalade sur le terrain. Il a prévenu que d'autres sanctions américaines et européennes à l'encontre de Moscou seraient prises en cas d'impasse.

"Il faudra encore plusieurs jours pour voir si les déclarations se concrétisent", a-t-il souligné depuis la Maison Blanche. Avec les Européens, "nous avons préparé des mesures que nous pouvons imposer contre les Russes si nous ne voyons pas d'amélioration réelle", a-t-il dit, avant d'ajouter: "Je ne pense pas qu'on puisse compter dessus, étant donné ce qu'on a vu dans le passé".

Le Premier ministre britannique David Cameron a accepté de collaborer avec Barack Obama sur la préparation de nouvelles sanctions à appliquer en cas de non-respect de l'accord par Moscou. Les deux dirigeants se sont entretenus par téléphone à l'issue des pourparlers de Genève.