Turquie: procès des policiers acusés d'avoir tué un manifestant sous haute tension

Huit personnes, dont quatre policiers, sont jugées à Kayseri en Turquie ce lundi. Elles sont accusées d'avoir battu un manifestant de 19 ans à mort pendant la fronde antigouvernementale.

03 févr. 2014, 11:51
En Turquie, le procès de huit personnes accusées d'avoir battu à mort un manifestant de 19 ans pendant la fronde antigouvernementale de juin dernier s'est ouvert lundi matin à Kayseri (centre).

En Turquie, le procès de huit personnes accusées d'avoir battu à mort un manifestant de 19 ans pendant la fronde antigouvernementale de juin dernier s'est ouvert lundi matin à Kayseri (centre). Parmi les accusés figurent quatre policiers.

Quelque 2000 policiers et des canons à eau ont été déployés autour du palais de justice pour contenir les centaines de personnes venues exprimer leur solidarité avec la victime, Ali Ismail Korkmaz, Cette affaire est devenue emblématique de la répression ordonnée par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan contre les contestataires.

Dès l'ouverture des débats, la mère de la victime, qui portait une photo de son fils, s'est adressée aux accusés en pleurs. "Comment avez-vous pu tuer mon Ali ? Comment avez-vous pu le frapper ? Vous n'avez pas honte ?", a lancé Emel Korkmaz.

Prison à vie

Le procureur a lui répété ses réquisitions contre les suspects, poursuivis pour "meurtre avec préméditation", demandant des peines allant de huit ans à la réclusion à perpétuité.

Tenues à bonne distance du tribunal par d'importants effectifs de policiers antiémeute et bardés de boucliers, plusieurs centaines de manifestants, dont quelque 300 avocats venus soutenir le frère de la victime, un de leurs collègues, se sont rassemblés pour exiger la "justice pour Ali Ismail", selon une de leurs banderoles.

Le gouverneur de Kayseri a formellement interdit tout rassemblement dans la ville pour des "raisons de sécurité". Dès dimanche soir, plusieurs bus transportant des dizaines de personnes, dont de nombreux étudiants, ont été bloqués aux portes de la ville, ont indiqué des associations ayant appeler à manifester.

Avant même le début de l'audience, les parties civiles ont dénoncé le dépaysement du procès à plus de 500 km du lieu des faits, une "tentative de contrôle" selon eux. Ils ont aussi insisté sur l'aspect "politique" du dossier.

Hémorragie cérébrale

Le 2 juin 2013, Ali Ismail Korkmaz a été roué de coups par un groupe de plusieurs individus alors qu'il tentait d'échapper à une charge de la police lors d'une manifestation anti-Erdogan à Eskisehir. Victime d'une hémorragie cérébrale, le jeune étudiant a succombé à ses blessures le 10 juillet après 38 jours de coma.

Les huit accusés qui comparaissent depuis lundi ont été filmés par des caméras de surveillance en train de frapper le jeune homme à terre avec des battes de baseball et des matraques. Poursuivis pour "meurtre avec préméditation", ils risquent la prison à vie.