Turquie: Erdogan promet de suspendre la destruction du parc Gezi

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a promis d'épargner le parc Gezi d'Istanbul, dont le projet de reconstruction avait été violemment contesté, en attendant la décision de la justice.

14 juin 2013, 18:18
epa03740271 Protestors run past burning vehicles during clashes at Taksim Square Istanbul, Turkey on 11 June 2013. Turkish Prime Minister Recep Tayyip Erdogan  defended the police's latest show of force against demonstrators, as numerous arrests and injuries were reported in Turkey on 11 June after police and anti-government protesters clashed anew across Istanbul and authorities deployed tear gas, water cannon and armoured vehicles to clear demonstrators. In Istanbul's Taksim Square, which has become the centre of the anti-government protests, police moved in from the city's Besiktas district in the early morning, when only a few thousand demonstrators remained on the square after more than a week of occupation. Anti-government protests started there as a demonstration against a building project in the square's Gezi Park but have since grown into widespread condemnation of the government's conservative policies.  EPA/KERIM OKTEN

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a exhorté les manifestants à cesser dès vendredi soir l'occupation du parc Gezi d'Istanbul, après leur avoir promis de suspendre sa destruction jusqu'au verdict final de la justice. Ce geste a été jugé "positif" par ceux qui contestent depuis deux semaines son autorité.

Le dirigeant turc, qui avait qualifié les dizaines de milliers de manifestants réunis quotidiennement place Taksim de "vandales", de "pillards" et d'"extrémistes", a reçu dans la nuit de jeudi à vendredi une dizaine d'artistes et de représentants de la société civile dont, pour la première fois, deux porte-parole reconnus de la coordination des protestataires.

Le simple fait qu'il reçoive des manifestants constitue une victoire pour le mouvement de contestation, mais les quatre heures de réunion n'ont pas accouché de décisions concrètes permettant de garantir une sortie de crise.

"La note positive de la nuit, ce sont les explications du Premier ministre disant que le projet ne sera pas poursuivi tant que la justice n'aura pas rendu sa décision finale", a réagi l'un des deux membres du collectif Solidarité Taksim présent à la réunion, l'urbaniste Tayfun Kahraman.

Appel par Erdogan

Concrètement, le pouvoir, qui répétait que son projet de reconstruire une caserne militaire de l'époque ottomane à la place des 600 platanes du parc Gezi irait à son terme, s'est engagé à laisser la justice trancher le dossier.

Le gouvernement avait fait appel de la décision prise le 31 mai par un tribunal administratif de suspendre les travaux d'aménagement. Désormais, le processus juridique devrait prendre des mois.

"Nous attendrons la décision finale de la justice et quand ce sera fait, nous organiserons un vote public, et nous nous conformerons à ce qui en sortira", a insisté Recep Tayyip Erdogan dans un discours prononcé à Ankara.

"J'espère que tout sera fini d'ici ce soir", a-t-il souligné, appelant une nouvelle fois les protestataires à évacuer rapidement les lieux.

Milliers de manifestants sur place

Toujours aussi résolus, des centaines de militants irréductibles ont passé la nuit dans le parc Gezi. Des milliers de manifestants les avaient rejoints dans la soirée sur la place Taksim, toujours contrôlée par d'importants effectifs de police.

Dans les allées du parc détrempées par la pluie, les promesses du gouvernement ont été fraîchement accueillies.

"Nous ne sommes pas satisfaits car il ne s'agit pas seulement de l'avenir du parc", a souligné un musicien de 39 ans, Kivanch. "Bien sûr, ça a commencé comme un combat écologiste, mais c'est bien plus qu'un parc, il s'agit de l'identité d'une nation", a-t-il ajouté.

Parti d'une réaction à la brutalité de l'intervention policière contre les occupants du parc Gezi le 31 mai, le mouvement a vite tourné à la fronde politique. Depuis deux semaines, les manifestants exigent la démission de Recep Tayyip Erdogan, accusé de dérive autoritaire et de vouloir "islamiser" la Turquie, pays musulman à tradition laïque.