Tunisie: suspension d'audience lors du procès des trois Femen

Le procès des trois Femen européennes qui devait débuter ce vendredi en Tunisie a été suspendu par le juge, moins d'une heure après son début.

21 juin 2013, 14:09
Inside view of the court, moments before Amina Tyler, not seen, a Tunisian member of the Ukrainian feminist group Femen, appears, in Kairouan, Tunisia, Thursday, May 30, 2013. Tyler scandalized Tunisia in March by posting online photos of herself topless with the slogan "my body is my own" written on her torso. (AP Photo/Nawfel)

Le procès en appel des trois Femen européennes a été reporté vendredi à une date ultérieure. L'avocat des jeunes femmes a indiqué que ce report était dû à une erreur de procédure. Il a demandé la libération conditionnelle des trois militantes, condamnées à quatre mois de prison pour une manifestation seins nus.

Me Souhaib Bahri a expliqué à l'AFP que la justice tunisienne n'avait pas laissé expirer le délai légal de dix jours permettant à des associations islamiques de faire appel de la décision du 12 juin dernier de rejeter leur demande de se constituer partie civile.

"Puisque le délai n'expire que aujourd'hui, le juge n'aura d'autre choix (que de reporter le procès) pour laisser le temps aux associations de faire appel", a-t-il indiqué. "C'est de la faute du ministère public", a-t-il dit. Selon l'avocat, le juge devrait fixer la nouvelle date du procès vendredi en fin d'après-midi.

Les défenseurs des Femen (deux Françaises et une Allemande) ont pour leur part demandé que leurs clientes bénéficient d'une libération conditionnelle malgré leur condamnation en première instance à quatre mois et un jour de prison.

Soutien à Amina réaffirmé

Les trois jeunes femmes sont en détention depuis le 29 mai dernier, jour de leur action seins nus à Tunis pour soutenir Amina Sboui, la militante tunisienne de Femen emprisonnée depuis le 19 mai.

Amina Sboui a été arrêtée après avoir peint le mot "Femen" sur le muret d'un cimetière musulman pour protester contre un rassemblement salafiste à Kairouan, dans le centre de la Tunisie. Elle risque deux ans de prison pour profanation de sépulture et six mois pour atteinte aux bonnes moeurs. Ces peines peuvent être considérablement alourdies si Amina est reconnue coupable d'avoir agi en bande organisée.

En début d'audience vendredi, les accusées ont pu brièvement s'expliquer, vêtues, comme le veut la coutume pour les femmes jugées en Tunisie, du safsari, le voile traditionnel les recouvrant de la tête au pied. "Notre but n'était pas de violer la loi tunisienne ou de porter atteinte à la pudeur, mais juste de soutenir Amina", a indiqué Joséphine Markmann, la militante allemande, s'exprimant via un interprète.

François Hollande harcelé

L'affaire a même débordé dans la journée en France. Deux militantes des Femen ont tenté de se jeter sur le président François Hollande au salon aéronautique du Bourget, près de Paris, avant d'être maîtrisées par la sécurité du président, a constaté l'AFP sur place.

Les deux militantes féministes, seins nus, se sont précipitées en direction du locataire de l'Elysée en criant "free Femen" (libérez les Femen), obligeant des gardes du corps à s'interposer.

Les deux protestataires ont aussi crié les prénoms des deux Françaises de leur mouvement emprisonnées en Tunisie. L'une d'elles avait inscrit sur son dos: "Fly away from islamism" ("Eloignez-vous de l'islamisme").

Les défenseurs français des jeunes femmes avaient prévenu qu'ils comptaient s'appuyer sur la première visite en Tunisie d'un chef de l'Etat français depuis la révolution de 2011 pour mobiliser l'opinion publique. François Hollande est en effet attendu en visite officielle en Tunisie au début du mois de juillet prochain.