Recherché par le CPI, le président soudanais est en visite en Libye

Omar el-Béchir, visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale, en visite officielle en Libye.

07 janv. 2012, 19:27
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Le président soudanais Omar el-Béchir, visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide, est arrivé samedi à Tripoli pour une visite de deux jours, la première depuis la chute de Mouammar Kadhafi. Il y a affirmé que son peuple avait souffert du régime de Kadhafi.

A son arrivée à l'aéroport de Tripoli, M. Béchir a été accueilli par le chef du Conseil national de transition (CNT), Moustapha Abdeljalil, ainsi que des membres du gouvernement de transition.

Lors de sa visite, M. Béchir doit s'entretenir avec le CNT des «questions d'intérêt mutuel», avait annoncé samedi l'agence soudanaise Suna.

Le président soudanais, dont le pays est frontalier de la Libye, a expliqué qu'il venait exprimer le soutien du Soudan au peuple libyen et qu'il visitait le pays «comme si c'était la première fois». «Nous avons tous souffert de l'ancien régime (...). Nous étions les deuxièmes à avoir le plus souffert, après le peuple libyen», a-t-il assuré.

A La Haye, la CPI s'est refusé à tout commentaire sur cette visite. La Libye n'ayant pour l'instant ni signé ni ratifié le traité de Rome sur l'autorité de la CPI, ses autorités ne sont pas tenues de livrer M. Béchir à la Cour.

«Fugitif international»

Cette visite de M. Béchir a suscité des critiques, l'organisation Human Rights Watch (HRW) estimant que l'accueil réservé à ce «fugitif international» mettait en doute les engagements des nouvelles autorités libyennes en matière de justice.

«Beaucoup de gouvernements lui ont refusé l'entrée dans leur pays. Son arrivée à Tripoli envoie un message troublant quant à l'engagement du CNT en matière de droits de l'Homme et de l'état de droit», a indiqué Richard Dicker, un responsable de HRW.

«Quels que soient l'histoire et les liens politiques entre le CNT et Omar el-Béchir, le respect des droits de l'Homme, sans parler des centaines de milliers de victimes au Darfour, est prioritaire», a-t- il insisté. «C'est le principe de l'Etat de droit».

Relations tendues

Les relations entre la Libye de M. Kadhafi et le Soudan de M. Béchir ont souvent été tendues. L'ancien dirigeant libyen a certes soutenu le président soudanais contre la CPI, accueillant plusieurs fois M. Béchir en Libye, mais il a aussi cherché à accroître son influence dans la région en envoyant des armes au Darfour, dans l'ouest du Soudan.

La Libye a aussi accueilli en 2010 Khalil Ibrahim, chef du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), le plus militarisé des groupes rebelles du Darfour, tué en décembre par l'armée soudanaise peu après son retour au pays.

Selon M. Béchir, l'attaque meurtrière menée par le JEM en 2008 à Khartoum avait été financée par la Libye et menée avec des armes libyennes.

En octobre, après la chute du régime de Kadhafi et la mort de l'ancien dirigeant libyen, le président soudanais avait affirmé avoir soutenu les troupes du CNT et fourni des armes aux combattants libyens.

M. Abdeljalil, qui s'est rendu à Khartoum en novembre, met également en avant le fait que les armes et munitions soudanaises ont permis aux rebelles du CNT de chasser l'ancien dirigeant Mouammar Kadhafi.