Que faire du Concordia? Un défi sans précédent

Comment se débarrasser de l'épave du Concordia, l'énorme paquebot échoué depuis vendredi sur une petite île toscane?

19 janv. 2012, 18:50
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Les sociétés candidates à cette opération vont faire face à un défi sans précédent représentant un contrat de plusieurs millions d'euros.

Jamais ils n'avaient eu affaire à un navire de croisière aussi lourd (114'500 tonnes), long comme trois terrains de foot (290 mètres) et haut comme un immeuble de 20 étages (61 mètres).

Des représentants des sociétés Smit Salvage et Titan Salvage se trouvent déjà depuis plusieurs jours sur l'île où le Concordia s'est échoué: ils étudient avec soin l'épave tout en mettant en place des dispositifs pour éviter une marée noire avec des fuites de mazout.

"Il s'agira d'une des opérations les plus difficiles au monde", a estimé jeudi Pier Luigi Foschi, PDG de la compagnie Costa, propriétaire du navire. Les travaux commenceront par la réparation du trou sur le flanc du bateau où l'impact a eu lieu et ensuite le bateau pourrait être remis à flot grâce à des ballons géants.

Le cas du Herald of Free Enterprise

"Ce sera un travail difficile", a déclaré Mike Lacey, secrétaire général de l'Union internationale de sauvetage, basée à Londres. "Evidemment, ce qu'ils vont regarder avant tout est si le bateau peut être redressé ou peut être réparé", a-t-il expliqué.

Toute tentative de sauvetage n'interviendra pas avant plusieurs semaines si ce n'est plusieurs mois, mais les ingénieurs sont déjà à pied d'oeuvre pour sauver le navire, deux fois plus lourd que le Titanic et deux fois plus long que le ferry Herald of Free Enterprise.

Mike Lacey explique que le Herald, qui avait coulé dans le port de Zeebrugge en 1987 (193 morts), avait été remis d'aplomb puis dépecé. Le Herald avait pu être rétabli grâce à une gigantesque structure de métal construite sur un flanc du navire, et soulevée à l'aide d'énormes câbles fixés à des barges, elles-mêmes fixées à des poteaux plantés dans la mer.

"De l'autre côté, deux très grandes grues ont aidé à remettre le navire d'aplomb. Et ils ont pompé l'eau jusqu'à ce qu'il puisse flotter", dit-il.

Un sauvetage très coûteux

En tout état de cause, ce sauvetage coûtera très cher. "Des dizaines millions de dollars, peut-être plus d'une centaine", avance Mike Lacey. Et le sauvetage durera "un mois, peut-être douze", ajoute-t-il.

Pour Hans ven Rooij, ex-responsable de la société Smit, deux principaux scénarios sont envisageables. "Ou bien on répare les dégâts, on colmate le trou dans le flanc du navire et on remet à flot le navire, ou alors on le coupe en morceaux", explique-t-il.

La première solution est "la meilleure", mais pourrait être rendue difficile par la taille énorme du bateau, avance M. van Rooij.

"On pourrait aussi arriver à la conclusion que les dégâts sont trop importants et que le navire ne vaut pas la peine d'être réparé. L'épave serait alors acheminée dans un centre de dépeçage", par exemple", estime-t-il. D'ailleurs, s'interroge-t-il, même si le Concordia pouvait être réparé, "qui voudrait encore naviguer à son bord?"