Prix Pulitzer décerné au "Guardian US" et au "Washington Post"

Les quotidiens britannique "The Guardian US" et américain "The Washington Post", qui ont publié les révélations d'Edward Snowden sur l'étendue des programmes de surveillance américains, ont été récompensés lundi à New York par le prix Pulitzer.
15 avr. 2014, 07:21
Ewan MacAskill, membre de l'équipe de reporters qui a remporté le prix Pulitzer "The Guardian US" interviewé.

Le jury Pulitzer 2014, dont la décision était très attendue, a choisi de récompenser les journaux, plutôt que les journalistes auteurs des articles, "pour un exemple distingué de service public méritoire, par un journal ou un site d'information". Le "Guardian US" et le "Washington Post" sont tous les deux récompensés d'une médaille d'or dans cette catégorie.

"Nous sommes extrêmement fiers et gratifiés d'avoir été honorés par le jury Pulitzer. Travailler sur cette histoire cette année a été intense, épuisant et quelquefois effrayant, et nous sommes reconnaissants que nos pairs aient reconnu que les révélations faites par Edward Snowden, et le travail des journalistes, sont une grande réussite", s'est réjoui le "Guardian" dans un communiqué.

Ils ont révélé une politique "aux profondes implications pour les citoyens américains", a de son côté souligné le rédacteur en chef du "Washington Post" Martin Baron.

Sans les révélations de Snowden, "nous n'aurions jamais su à quel point ce pays s'est éloigné des droits de l'individu en faveur du pouvoir de l'Etat. Il n'y aurait pas eu de débat public sur le bon équilibre entre vie privée et sécurité nationale. Et même le président a reconnu que c'était une conversation qu'il fallait avoir", a-t-il ajouté.

Snowden satisfait

Les journaux - le "Guardian US" est publié uniquement sur internet - s'étaient faits l'an dernier le porte-voix des révélations d'Edward Snowden, un ancien consultant de la NSA (agence de sécurité américaine) sur l'ampleur des programmes de surveillance touchant des millions d'Américains, via leurs données téléphoniques et internet.

Edward Snowden s'est réjoui de ce prix Pulitzer. "La décision va dans le sens de tous ceux qui pensent que le public a un rôle dans le gouvernement", a-t-il dit dans un communiqué, saluant le travail des journalistes "face à une extraordinaire intimidation, y compris la destruction forcée de matériels journalistiques, ou l'utilisation inappropriée des lois antiterroristes".

Ses révélations, provenant de documents fournis par l'ancien consultant de la NSA, ont embarrassé le gouvernement américain et tendu les relations avec des pays alliés furieux de découvrir que Washington enregistrait même les conversations privées de certains de leurs dirigeants. Elles ont aussi suscité un vif débat aux États-Unis sur les mérites et la moralité de tels programmes.

Vie privée et sécurité

Certains Américains et élus ont vu en M. Snowden, réfugié en Russie, un traître et un criminel, mettant en danger la sécurité nationale. Il est inculpé aux Etats-Unis d'espionnage et de vol de documents appartenant à l'Etat.

D'autres Américains ont estimé qu'ils avaient le droit de savoir ce que fait leur gouvernement. "Le prix n'était pas vraiment concentré sur M. Snowden", a tenu à souligner lundi l'administrateur du prix Pulitzer à l'université Columbia, Sid Gissler. M. Gissler a rendu hommage à des journaux qui ont "aidé à stimuler cette discussion très importante sur l'équilibre entre la vie privée et la sécurité".

Première pour Reuters

Les publications en ligne sont acceptées pour le prix Pulitzer depuis 2009, à condition qu'elles publient aux Etats-Unis. Le "Guardian US" a des locaux à New York.

Parmi les autres lauréats du Pulitzer lundi, le "Boston Globe" a été récompensé dans la catégorie "breaking news" pour sa couverture de l'attentat du marathon de Boston il y a tout juste un an.

En outre, deux reporters de l'agence Reuters, Jason Szep et Andrew Marshall, ont été distingués dans la catégorie du "reportage international" pour leurs "courageux" articles sur les persécutions contre la minorité Rohingya en Birmanie.

"Ce que nous avons raconté était très peu couvert", a déclaré Jason Szep. "J'espère que grâce à cela, le monde prêtera un peu plus attention aux violences religieuses en Birmanie." C'est la première fois que Reuters est couronné pour un texte par le Pulitzer.

Note: Dépêche entièrement remaniée et complétée avec détails et réactions