Primaire de la gauche: au dernier débat télévisé, Hamon et Valls ont finalement débattu de fond

Benoît Hamon et Manuel Valls ont, mercredi, débattu de fond à l'occasion du dernier débat télévisé entre les deux finalistes de la primaire à gauche. Peu d'attaques personnelles et une même position sur l'affaire de l'emploi fictif de Pénélope Fillon.

26 janv. 2017, 07:54
/ Màj. le 26 janv. 2017 à 08:17
Le choc attendu n'a pas eu lieu entre les deux prétendants, qui se sont tutoyés durant le débat.

Attaqué par Manuel Valls sur la crédibilité de son projet présidentiel, Benoît Hamon a défendu ses idées mercredi lors du dernier débat de la primaire socialiste à la présidentielle française. Il a assumé une orientation plus sociale que celle de François Hollande. A quatre jours du second tour, dimanche, Benoît Hamon, 49 ans, a assumé les dépenses nouvelles qu'il prévoit s'il accède à la présidence, au premier rang desquelles les 45 milliards d'euros de la première phase de son projet de "revenu universel".

Arrivé en tête du premier tour et bénéficiant du soutien d'Arnaud Montebourg, troisième, il a assuré que la France n'était pas d'abord menacée par les déficits publics, mais par la dégradation de l'environnement. "On négocie avec les banquiers, pas avec la nature!", a dit l'ancien ministre de l'éducation, expliquant qu'il fallait investir dans l'"agroécologie" et la transition énergétique. "La dette, c'est aujourd'hui la dette environnementale."

 

 

"Nous pouvons faire plus de déficit"

"J'assume de dire que nous pouvons faire plus de déficit public", a-t-il ajouté, jugeant souhaitable d'"en finir avec le dogme des 3% de déficit" qui s'impose aux pays de la zone euro. Manuel Valls, 54 ans, a accusé son adversaire de vouloir "faire rêver" les Français, en particulier avec le revenu universel. Verser un revenu à tous, sans condition, "c'est un message de découragement et d'abdication", a lancé l'ancien premier ministre. "Un message qui me paraît terrible: on renonce à la société du travail. On accepte le chômage."

A 300 ou 400 milliards d'euros par an pour un revenu universel généralisé, ce que souhaite à terme Benoît Hamon, "le coût est exorbitant" et synonyme de "plus de dette" et d'"augmentation de la fiscalité", a ajouté Manuel Valls. L'ancien premier ministre s'est présenté en "candidat de la feuille de paye" face à Benoît Hamon, qui risque selon lui d'être "le candidat de la feuille d'impôt".

 

 

"Il s'agit d'être crédible"

"Il ne s'agit pas seulement de faire rêver, il s'agit d'être crédible", a-t-il ajouté, jugeant que "tout ce que propose Benoît Hamon, sans augmenter les impôts, n'est tout simplement pas possible" et qu'"il y a une différence entre le rêve et l'illusion, et la crédibilité d'un projet". Si Benoît Hamon a marqué des points sur les questions économiques, il s'est retrouvé sur la défensive sur les questions liées à l'islam et à la laïcité.

Entre les deux prétendants le débat a été courtois et technique, alors que le ton n'avait cessé de monter ces derniers jours, aggravant la fracture au sein d'un parti qui sort affaibli du mandat de l'impopulaire du président François Hollande, avec un chômage endémique et un durcissement sécuritaire après une vague d'attentats sans précédent. Les deux hommes, qui se tutoyaient, se sont parlé avec respect, sans attaques personnelles. "Un débat pointu, pas un pugilat", a commenté l'éditorialiste Michaël Darmon.