Pakistan: Nawaz Sharif revendique la victoire aux élections marquées par des attentats

Les attentats perpétrés par les talibans au Pakistan n'auront pas réussi à empêcher les élections et un taux de participation élevé. Nawaz Sharif, leader de la Ligue Musulmane, a revendiqué dimanche la victoire mais n'obtiendrait pas la majorité absolue.

12 mai 2013, 09:55
Nawaz Sharif, leader de la Ligue musulmane et ancien premier ministre revendique la victoire.

L'ex-Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a revendiqué la victoire et tendu la main à ses rivaux au soir des législatives de samedi au Pakistan. Le scrutin a été marqué par une forte participation, malgré des attaques rebelles qui ont fait au moins 26 morts.

Principale force de l'opposition depuis cinq ans, la Ligue Musulmane (PML-N) de Nawaz Sharif, magnat de l'acier déjà deux fois Premier ministre dans les années 1990, était la favorite de ce scrutin.

Elle a, selon les premières estimations, largement devancé le PTI de l'ancienne star du cricket Imran Khan, révélation de la campagne, et son vieux rival du parti du peuple pakistanais (PPP), qui était au pouvoir depuis 2008.

Mais elle ne devrait pas atteindre la majorité absolue, et devra dans ce cas s'engager dans des tractations avec les autres partis pour former une coalition.

Nawaz Sharif est venu lui-même dans son fief de Lahore (est) annoncer sa victoire à ce scrutin jugé crucial pour la consolidation de la démocratie dans ce pays de 180 millions d'habitants à l'histoire jalonnée de putschs contre des gouvernements civils.

Une centaine de sièges

Le Mouvement pour la justice (PTI) d'Imran Khan a peu après reconnu la victoire de la PML-N et l'a félicité. Plus de 86 millions d'électeurs étaient appelés à choisir leurs 342 députés à l'Assemblée nationale et leurs représentants dans les quatre assemblées provinciales.

Après dépouillement de près du quart des bulletins de vote, les chaînes pakistanaises pronostiquaient une récolte d'une centaine de sièges, sur 272, pour les troupes de Nawaz Sharif, et l'élection d'une trentaine de députés pour le PTI, et autant pour le PPP du clan Bhutto qui menait la coalition sortante.

La performance du PTI est remarquable pour un parti qui n'a été fondé qu'en 1996 et n'a jamais gagné qu'un seul siège, en 2002. Le parti d'Imran Khan devrait de plus prendre le pouvoir dans la province de Khyber Pakhtunkhwa (nord-ouest), selon plusieurs cadres du parti.

Un cas de figure intéressant, car cette région est le bastion des talibans, et qu'Imran Khan a appelé à la fin des opérations militaires et à des négociations avec les rebelles.

Très forte participation

Le scrutin de samedi a été marqué par une très forte participation de "près de 60%", soit le taux le plus élevé depuis 1977 selon des responsables de la commission électorale (ECP). Elle avait été de 44% lors du scrutin de 2008.

La journée était particulièrement chaotique à Karachi (sud), instable mégalopole de 18 millions d'habitants et capitale économique du pays.

Des partis y ont en effet accusé le Muttahida Qaumi Movement (MQM), première force politique de la ville, d'avoir "terrorisé la population et truqué le suffrage". Trois observateurs nationaux ont aussi affirmé avoir été battus par des membres du MQM, autant d'accusations réfutées par ce dernier.

Résultat, les islamistes de la Jamaat-e-Islami (JI) ont annoncé qu'ils boycottaient le scrutin à Karachi et dans plusieurs autres bastions MQM de la région.

Attentat à Karachi

Le Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), opposés à ces élections jugées "non islamiques", a lui poursuivi samedi sa campagne d'attentats, sans toutefois parvenir à plomber le moral des électeurs ou faire dérailler le processus.

Le TTP a revendiqué en journée un attentat à Karachi ayant fait au moins douze morts et des dizaines de blessés. Dans la soirée, un attentat-suicide, mode opératoire typique des insurgés, a tué deux paramilitaires dans la ville.

D'autres attaques dans le sud-ouest et le nord-ouest, bastion du TTP, ont fait 12 tués et des dizaines de blessés, selon des sources locales, portant ainsi à 26 le nombre de morts dans des attaques.