Moldavie: élections tiraillées entre l’Europe et la Russie, plus de 90% des bulletins dépouillés

Ce dimanche marque le second tour de l’élection présidentielle moldave. Il oppose le président sortant pro-russe, Igor Dodon, à une rivale pro-européenne, Maia Sandu. Cette dernière est en tête après le dépouillement de plus de 90% des bulletins.

15 nov. 2020, 09:09
/ Màj. le 15 nov. 2020 à 22:29
Les Moldaves doivent choisir dimanche entre le président sortant Igor Dodon et sa rivale pro-européenne Maia Sandu (archives).

Les Moldaves votaient dimanche pour le second tour d’une élection présidentielle serrée. Le scrutin oppose le sortant pro-russe Igor Dodon, qui prône la «stabilité», et la candidate pro-européenne Maia Sandu qui promet une lutte sans merci contre la corruption.

Cette petite ex-république soviétique roumanophone balance depuis des années entre ambitions européennes et rapprochement avec Moscou. Ex-Première ministre passée par la Banque mondiale, Mme Sandu, 48 ans, a créé la surprise en arrivant en tête du premier tour le 1er novembre avec 36% des suffrages contre environ 33% pour M. Dodon grâce à un soutien sans précédent des électeurs votant à l’étranger.

Aujourd’hui, vous avez le pouvoir de punir ceux qui vous ont volés, qui vous ont réduits à la misère et contraints de quitter votre maison.
Maia Sandu, candidate à la présidentielle

«Aujourd’hui, vous avez le pouvoir de punir ceux qui vous ont volés, qui vous ont réduits à la misère et contraints de quitter votre maison», a-t-elle lancé après avoir voté à Chisinau, dans une allusion claire à son rival, visé par des accusations de corruption pendant son mandat.

Appel à la «vigilance»

La cheffe du parti Action et solidarité (centre-droit) a appelé ses compatriotes à «un maximum de vigilance» face à d’éventuelles fraudes. Pour sa part, M. Dodon, 45 ans, a déclaré avoir «voté pour la paix». «Nous devons maintenir de bonnes relations avec l’Union européenne et avec la Russie», a-t-il ajouté.

Ces derniers jours, M. Dodon s’est posé comme un garant de la «stabilité» et appelé ses supporters à manifester lundi pour «protéger notre victoire». Il a multiplié les attaques verbales contre le camp de sa rivale, «une bande» qui mérite «un coup de poing dans la gueule».

 

 

Cette ex-république soviétique de 3,5 millions d’habitants est parmi les pays les plus pauvres d’Europe. Jusqu’à 40% de sa population, selon les estimations, est partie à l’étranger pour échapper à la misère.

Coincée entre l’Ukraine pro-occidentale, et la Roumanie, membre de l’Union européenne, la Moldavie a été secouée en 2015 par un énorme scandale de corruption, concernant la disparition d’un milliard de dollars des caisses de trois banques nationales, équivalent de 15% du PIB.

Importance de la diaspora

L’issue du vote pourrait à nouveau être décidée par la diaspora moldave en Europe, qui, selon des médias locaux s’est à nouveau rendue massivement aux urnes formant d’énormes files d’attente dans certains bureaux de vote en Allemagne et en Italie.

A Varnitsa (sud-est), localité située près de la ligne de contact avec la Transdniestrie, des dizaines de policiers se sont bousculés avec des supporters de Mme Sandu qui ont tenté de bloquer la route pour empêcher l’arrivée des électeurs depuis ce territoire sécessionniste, généralement pro-russes, sur fond de rumeurs d’achat de voix en faveur de M. Dodon.

 

 

L’opposante Maia Sandu a reçu le soutien de Bucarest qui a de forts liens historiques avec Chisinau. Moscou a publiquement soutenu M. Dodon en accusant les Occidentaux d’ingérence et d’orchestrer «un scénario révolutionnaire» pour la Moldavie, qui a déjà connu des contestations post-électorales.

Selon des analystes, une victoire de M. Dodon pourrait déclencher des manifestations des partisans de Mme Sandu, surtout en cas d’un résultat final serré.

La candidate pro-européenne en tête

L'ex-Première ministre pro-européenne Maia Sandu était en tête du second tour de la présidentielle en Moldavie dimanche. Elle devancerait le chef de l'Etat sortant pro-russe Igor Dodon, après le dépouillement de plus de 90% des bulletins.

Avec 92,16% des bulletins dépouillés, Mme Sandu a obtenu 51,20% des suffrages, contre 48,80% pour M. Dodon. Ce dernier était à la tête depuis quatre ans de cette ex-république soviétique à majorité roumanophone, qui balançait depuis des années entre ambitions européennes et rapprochement avec Moscou.