Mexique: les maires paient les cartels pour éviter d'être assassinés

Les maires de certains états du Mexique, avouent payer les cartels de narcotrafiquants pour éviter la mort.

08 févr. 2013, 07:28
A l'instar de 31 de ses pairs mexicains depuis 2006, Wilfrido Flores Villa, maire par intérim de la ville de Nahutzen, a été abattu par balles lundi matin alors qu'il déjeunait avec sa femme dans un restaurant.

L'Etat du Michoacan, dans l'ouest du Mexique, est ravagé par la violence liée au narcotrafic. A tel point que des maires ont reconnu qu'ils étaient contraints de payer le crime organisé pour garantir leur intégrité physique. L'un d'entre eux a cependant été tué il y a quelques jours.

Wilfrido Flores Villa, maire par intérim de la ville de Nahutzen, a été abattu par balles lundi matin alors qu'il déjeunait avec sa femme dans un restaurant. Dans tout le pays, 31 maires ont été tués depuis 2006, d'après des chiffres de la Fédération nationale des mairies du Mexique. Les Etats du Michoacan et de Durango (nord) sont cependant les plus touchés.

Les membres du crime organisé, principalement ceux du cartel des Chevaliers Templiers (Los Caballeros Templarios), né au Michoacan, ont développé cette lucrative source de revenus, obligeant riches et pauvres à payer pour ne pas être séquestrés ou tués.

La somme à payer s'élève généralement à 800 dollars. Les représentants des extorqueurs viennent se présenter directement dans les mairies pour recevoir leur dû à des dates qui varient à chaque visite.

Pas d'alternatives

"L'insécurité est quelque chose qui nous affecte, tout le monde le sait mais personne ne le dit, parce nous devons combattre le crime organisé, (mais) nous devons leur payer un impôt", explique un des cinq maires interrogés. Lui comme ses homologues a demandé à conserver l'anonymat. "Ils ne te laissent aucun alternative. Comme dit le proverbe: 'Ou tu coopères ou on te coupe le cou'", ajoute un municipale.

Ce dernier assure que verser une dîme aux criminels "n'est pas quelque chose que nous voulons faire, c'est quelque chose qu'ils nous obligent à faire. Il n'y a nulle part où aller, ça n'est pas une option qu'ils te donnent".

Représailles

Vinicio Aguilera Garibay, sous-procureur régional cet l'Etat, rappelle pour sa part que verser de l'argent aux groupes criminels est également un délit. "Celui qui appartient à une institution légale ne peut d'aucune façon prendre part (aux activités) du crime organisé", affirme-t-il.

M. Aguilera Garibay indique que les maires menacés ont l'obligation de déposer plainte devant les autorités, notamment parce que les sommes versées proviennes des caisses publiques.

Les victimes de ce chantage craignent toutefois des représailles, l'arsenal des criminels étant bien plus fourni que celui des polices municipales - quand celles-ci ne sont tout simplement pas de mèche avec les délinquants.