Mexique: 28 cadavres exhumés de fosses clandestines

Vingt-huit corps ont été découverts au Mexique non loin du lieu de disparition de 43 étudiants. Les cadavres ont été exhumés de fosses clandestines.

06 oct. 2014, 07:22
Les étudiants ont disparu après de violents affrontements avec la police locale.

Vingt-huit cadavres, dont certains calcinés, ont été exhumés jusqu'à présent des fosses clandestines trouvées près du lieu de disparition de 43 étudiants le 26 septembre, a indiqué dimanche Inaky Blanco, procureur de l'Etat mexicain de Guerrero. Les autorités s'efforcent de déterminer s'il s'agit des corps des disparus.

Les fosses ont été trouvées samedi près de la localité de Pueblo Viejo, dans une zone montagneuse, grâce aux témoignages de certaines des 30 personnes arrêtées dans cette affaire, dont 22 policiers municipaux et des membres présumés d'un cartel local de narcotrafiquants. Deux criminels du groupe Guerreros Unidos ont avoué avoir tué 17 de ces étudiants, a relaté le procureur.

Les tueurs ont fait descendre les étudiants d'un autobus, "se sont emparés de 17 d'entre eux pour les transférer vers les hauteurs d'une colline de Pueblo Viejo, où ils ont des fosses clandestines et où ils disent les avoir abattus", a déclaré le procureur.

Les deux détenus ont assuré que l'ordre de venir sur les lieux où se trouvaient les étudiants avait été donné par le directeur de la sécurité publique d'Iguala. L'ordre de les capturer et de les assassiner aurait été donné par un des dirigeants des Guerreros Unidos, surnommé "El Chucky".

Tant le directeur de la sécurité publique que le maire d'Iguala, Jose Luis Albarca, ont pris la fuite après les fusillades. Ils sont actuellement recherchés par la justice.

Long travail d'analyse

Les autorités soupçonnent policiers et membres du cartel d'avoir agi de concert il y a plus d'une semaine en tirant sur des autobus et d'autres véhicules à Iguala, avec un bilan de six morts et 25 blessés. Après ces fusillades, 43 étudiants avaient été portés disparus. Des témoins ont assuré avoir vu des dizaines d'étudiants être emmenés dans des voitures.

M. Blanco a demandé que l'on attende les résultats des tests génétiques pour confirmer qu'il y a parmi eux certains des étudiants disparus. Vidulfo Rosales, un avocat des familles, a indiqué que 35 proches des victimes avaient déjà donné des échantillons d'ADN.

Mais ce travail risque de durer: "les spécialistes en la matière considèrent que le processus pour déterminer l'identité des restes va osciller entre 15 jours et deux mois", a souligné le procureur.

Mobilisation estudiantine

Tandis que les familles attendaient des nouvelles dans l'angoisse, des centaines de camarades et de collègues des élèves et enseignants ont bloqué l'autoroute menant de Chilpancingo à Acapulco, exprimant leur colère à l'intention des autorités. Le gouverneur de Guerrero, Ángel Aguirre, a lancé un appel au calme et à "éviter la violence".

S'il se confirmait que les corps trouvés sont ceux des étudiants disparus, il s'agirait de l'un des pires massacres au Mexique depuis le début de la guerre lancée en 2006 contre les narcotrafiquants. Celle-ci a fait plus de 80'000 morts jusqu'à aujourd'hui.

Dimanche, tandis que les cadavres continuaient d'être exhumés, plusieurs véhicules des services médico-légaux arrivaient à la morgue d'Iguala. Trois corps enveloppés dans des sacs argentés y ont été transportés dans la matinée. Des dizaines de policiers, de militaires et d'experts étaient déployés autour des fosses dont l'accès restait interdit à la presse.

Police et cartel

Les 43 jeunes portés disparus depuis le 26 septembre sont des élèves d'une école normale proche de Chilpancingo, capitale de l'Etat de Guerrero, connue pour être un foyer de contestation. Ces étudiants étaient venus avec des dizaines d'autres du même établissement à Iguala, à 100 km environ de leur école pour, selon leurs dires, récolter des fonds et manifester.

Ils s'étaient ensuite emparés de trois autobus des transports publics locaux pour revenir chez eux. Des policiers municipaux et des hommes armés non identifiés avaient tiré sur ces autobus, faisant trois morts, et d'autres fusillades dans la soirée avaient fait trois autres morts.