Les pro-russes acceptent la trêve pour une semaine en Ukraine

Les chefs séparatistes des régions de Donetsk et Lougansk, dans l'est de l'Ukraine, ont accepté d'observer un cessez-le-feu jusqu'à vendredi.

23 juin 2014, 19:06
L'Europe est préoccupée par les "signes contradictoires" envoyés par Moscou.

Le chef du gouvernement de la "république populaire" autoproclamée de Donetsk, Alexandre Borodaï, a annoncé l'engagement de respecter un cessez-le-feu dans l'est de l'Ukraine jusqu'à vendredi.

S'exprimant à l'issue d'une réunion du "groupe de contact" réunissant un ancien président ukrainien, l'emissaire de Moscou à Kiev et un représentant de l'OSCE, Alexandre Borodaï a déclaré: "La consultation s'est achevée avec l'accord des républiques de Donetsk et Lougansk pour respecter un cessez-le-feu jusqu'au 27 juin."

Le président ukrainien Petro Porochenko a proclamé vendredi soir un cessez-le-feu unilatéral d'une semaine, mais des combats se sont poursuivis au cours du week-end dans l'est du pays.

L'Europe inquiète

Les ministres européens des Affaires étrangères ont exhorté lundi la Russie à soutenir sans délai le plan de paix proposé par Kiev. Dans l'Est ukrainien, les combats se poursuivaient en dépit d'un cessez-le-feu unilatéral. La semaine s'annonce cruciale.

Le plan de paix proposé par le président ukrainien Petro Porochenko représente "une chance importante pour la désescalade", ont affirmé les ministres des Affaires étrangères des 28 Etats membres réunis à Luxembourg. "Il s'agit d'une semaine cruciale pour l'Ukraine", a souligné l'Allemand Frank-Walter Steinmeier.

Les Russes doivent s'impliquer "dans les jours qui viennent" afin que "le plan de paix s'applique", a renchéri son homologue français Laurent Fabius. Il s'est dit préoccupé par les "signes contradictoires" envoyés par Moscou ces derniers jours.

Pour que le processus ait une chance de s'enclencher, "nous avons besoin que la Russie monte à bord", a souligné le nouveau ministre ukrainien des Affaires étrangères, Pavlo Klimkine. Invité à Luxembourg, il a assuré aux Européens que le gouvernement ukrainien était engagé "à 100% dans les efforts de paix".

Conditions russes

La Russie est accusée par les Occidentaux de tenter de déstabiliser le pays en armant en sous-main la rébellion. Répondant en creux aux accusations, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a assuré que la Russie n'avait pas "d'ambitions géopolitiques", quelques mois seulement après le rattachement de la Crimée à la Russie.

Mais le soutien russe au plan de paix est assorti de conditions, notamment sur les droits pour les russophones de l'Est et le dialogue "substantiel" avec les rebelles.

Moscou a insisté pour qu'un "cessez-le-feu durable" soit respecté afin d'amorcer au plus vite un dialogue entre les autorités de Kiev et les séparatistes. Ceux-ci ont d'ores et déjà rejeté le plan de M. Porochenko.

Décentralisation du pouvoir

Le plan de paix prévoit la création d'une zone tampon de 10 kilomètres à la frontière entre l'Ukraine et la Russie, et un couloir pour les mercenaires russes présents en Ukraine, selon Kiev. Ce couloir leur permettrait de rentrer en Russie une fois leurs armes déposées.

Le plan propose aussi la décentralisation du pouvoir en Ukraine et la protection de la langue russe par le biais d'amendements à la Constitution. Depuis avril, l'est du pays est en proie à de violents combats entre l'armée et les rebelles, qui ont proclamé l'indépendance de deux régions. Au moins 375 personnes ont été tuées.

Menaces de sanctions

A Kiev, M. Porochenko a jugé "crucial" que la chancelière allemande Angela Merkel et d'autres dirigeants mondiaux s'engagent "pour un règlement du conflit". Ces discussions diplomatiques tous azimuts sont menées alors que l'Ukraine doit signer vendredi le dernier volet d'un accord historique d'association avec l'Union européenne l'éloignant du giron russe.

Avant la réunion à Luxembourg, plusieurs ministres européens des Affaires étrangères ont brandi la menace de nouvelles sanctions si la Russie n'acceptait pas le plan. "Le président Poutine ne doit pas douter que l'UE est prête à prendre de nouvelles mesures" pour sanctionner la Russie, a averti le ministre britannique, William Hague.

Le chef de la diplomatie ukrainienne a refusé de s'exprimer sur le bien-fondé de nouvelles sanctions de l'UE à l'encontre de Moscou.

Tirs de mortier à la frontière

En dépit du cessez-le-feu unilatéral, les combats se poursuivaient dans l'est de l'Ukraine. Plus de 48 heures après son entrée en vigueur, le ministère ukrainien de la Défense a dénombré onze attaques survenues la nuit contre l'armée. Il s'agit notamment des tirs de mortier contre des gardes-frontières.

La trêve d'une semaine ordonnée aux troupes ukrainiennes devrait permettre de désarmer les insurgés et d'entamer un dialogue avec ceux d'entre eux qui n'ont commis "ni meurtre ni torture".