Les manifestants turcs restent mobilisés malgré les menaces

Les manifestants turcs se sont donnés rendez-vous ce lundi après-midi alors que le premier ministre les a mis en garde contre de nouveaux mouvements.

10 juin 2013, 12:47
De l'aveu de certains manifestants, "on ne sait pas où la contestation va s'arrêter, personne ne contrôle plus rien".

Les manifestants turcs restaient déterminés lundi au onzième jour de leur mobilisation contre le gouvernement, malgré les menaces du premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Celui-ci, de plus en plus agacé, a promis de leur faire payer "un prix élevé".

Au lendemain d'un week-end qui a encore vu des dizaines de milliers de personnes défiler dans plusieurs grandes villes du pays aux cris de "Tayyip, démission!", l'emblématique place Taksim d'Istanbul a retrouvé une relative tranquillité lundi matin, occupée par quelques groupes d'irréductibles seulement.

Mais les manifestants se sont donné rendez-vous pour la fin de la journée, bien décidés à ne pas céder aux diatribes du chef du gouvernement, qui a enflammé ses troupes dimanche dans une série de discours au vitriol contre les "pillards" et les "extrémistes" défiant son autorité dans la rue.

"Je suis urbaniste, pas homme politique, mais je pense qu'aussi longtemps qu'Erdogan persistera dans sa rhétorique violente, le mouvement va continuer", a jugé Akif Burak Atlar, le secrétaire du collectif Taksim Solidarité, dont l'opposition à la destruction du parc Gezi, près de Taksim, a donné le coup d'envoi de la fronde le 31 mai

"Ce sont ce type de discours et la brutalité de la police qui ont mené la contestation aussi loin. Il doit faire marche arrière (...) il doit reconnaître les exigences de la population", a ajouté M. Atlar, qui s'est refusé à tout pronostic sur la suite des événements. "Honnêtement, je ne sais pas où tout ça va, personne ne contrôle plus rien".

Ton menaçant d'Erdogan

Dimanche, le chef du gouvernement, qui préside lundi en fin de journée son conseil des ministres hebdomadaire, a nettement durci le ton face à la contestation. Tout au long de la journée, il a saturé le terrain médiatique en haranguant à six reprises des milliers de partisans sur un ton de plus en plus ferme.

"Ceux qui ne respectent pas le parti au pouvoir dans ce pays en paieront le prix", a lancé le leader turc à Ankara devant une foule chauffée à blanc.

"Si vous avez un problème, vous pouvez rencontrer mon maire, ou mon gouverneur (...) je peux même vous rencontrer moi-même si vous choisissez des représentants", a-t-il poursuivi. "Mais si vous continuez comme ça, j'utiliserai le langage que vous comprenez parce que ma patience a des limites".

Au moment où M. Erdogan achevait le dernier de ses discours, la police a violemment dispersé dimanche soir à Ankara, pour la deuxième journée consécutive, des milliers de manifestants.