Les forces de l'Etat islamique et les combattants kurdes s'affrontent aux portes de Kobané

Après deux semaines de siège, la ville syrienne kurde de Kobané est le théâtre de violents affrontements entre les forces de l'Etat islamique et des combattants kurdes. la population évoque un "massacre".
07 août 2015, 14:17
La ville de Kobané est située non loin de la frontière turque.

Les combattants kurdes tentaient toujours de repousser vendredi l'assaut de l'Etat islamique (EI) contre la ville syrienne kurde de Kobané, située près de la frontalière avec la Turquie. Sur place, la population parle d'un "massacre" en cours. Cela fait maintenant deux semaines que cette ville est assiégée.

De son côté, la Turquie ne veut pas que la ville tombe entre les mains des jihadistes. Ankara va faire tout ce qui est en son pouvoir pour l'éviter, a déclaré vendredi le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu.

La Turquie a massé d'importantes forces près de la frontière syrienne, mais a jusqu'à présent rechigné à s'impliquer dans le conflit en expliquant qu'une telle intervention ne servirait à rien si elle ne s'accompagne pas d'un départ du président syrien Bachar al-Assad.

Le parlement turc a cependant approuvé jeudi un dispositif permettant au gouvernement d'intervenir militairement en Irak et en Syrie pour lutter contre l'EI..

Les combats font rage

Les combats faisaient rage vendredi aux portes de Kobané (Aïn al-Arab en arabe), d'où s'échappait une épaisse fumée noire et les tirs de mortiers se succédaient à intervalles réguliers, a constaté une journaliste de l'AFP depuis la frontière turque distante de quelques kilomètres.

"Les Unités de protection du peuple (YPG) ont détruit ce matin deux véhicules blindés de l'EI à moins de deux kilomètres au sud-est de Kobané", selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH, une ONG basée à Londres. Il n'a pas fait état de nouvelles frappes de la coalition internationale contre les positions de l'EI aux alentours de Kobané.

Le dernier communiqué du commandement américain fait état de quatre frappes mercredi et jeudi en Syrie dont une près de Kobané, avec l'aide des Emirats arabes unis.

Les YPG sont une milice kurde dont les hommes sont moins bien équipés et bien moins nombreux que les jihadistes qui ont pris depuis le 16 septembre l'assaut pour le contrôle de Kobané.

"Le monde reste silencieux"

Selon l'OSDH, il ne resterait que quelques milliers de civils à Kobané, après la fuite en Turquie de 160'000 habitants de la ville et des localités environnantes devant la progression des jihadistes. L'EI contrôle déjà de vastes régions dans le nord et l'est de la Syrie ravagée par plus de trois ans de guerre civile. Il occupe également de vastes pans de territoire dans l'Irak voisin.

Idriss Nahsen, un responsable local kurde, a appelé à l'aide internationale "dans cette bataille contre le terrorisme", en réclamant armes et munitions. "Nous défendons Kobané. Nous sommes seuls", a-t-il dit.

"C'est un massacre commis sous les yeux du monde entier", a déclaré vendredi un témoin des combats à Kobané. "Le monde reste silencieux alors que les Kurdes sont massacrés", a poursuivi ce témoin auprès de l'AFP. "Nous assistons avec tristesse à l'oeuvre meurtrière d'EI", a déclaré un Kurde turc, lui aussi témoin des bombardements depuis le poste-frontière turc de Mursitpinar. "Nos frères sont dans une situation très difficile, c'est très violent", a-t-il indiqué.

L'Australie rejoint la coalition

En Irak, l'Australie est devenue vendredi le dernier pays à se joindre aux frappes aériennes contre l'EI, après la France et la Grande-Bretagne. "Aujourd'hui, le gouvernement a autorisé des frappes australiennes à la demande du gouvernement irakien", a déclaré le Premier ministre australien, Tony Abbott.

Environ 200 soldats parmi lesquels des troupes spéciales sont arrivés déjà à mi-septembre aux Emirats arabes unis, point stratégique pour des opérations militaires dans la région, alors que l'Australie se préparait déjà à rejoindre la coalition.