Le Sénégal libère un navire de pêche russe contre 900'000 euros

Placé sous séquestre le 4 janvier pour pêche illégale, le navire russe Oleg Neydanov a pu quitter le port de Dakar mercredi soir contre le versement de 914'000 euros (plus d'un 1,128 million de francs).

23 janv. 2014, 18:01
L'Oleg Neydanov avait été arraisonné le 4 janvier dans les eaux sénégalaises.

Le Sénégal a laissé partir un bateau russe contre 914'000 euros (plus d'un 1,128 million de francs). Le spectaculaire arraisonnement du navire pour pêche illégale a provoqué un bras de fer de plusieurs semaines entre Dakar et Moscou sur le pillage des eaux de pays du Sud par des flottes du Nord.

L'Oleg Neydanov avait été arraisonné le 4 janvier dans les eaux sénégalaises vers la frontière avec la Guinée-Bissau, puis escorté par l'armée jusqu'au port de Dakar où il avait été placé sous séquestre dans une zone militaire.

Le chalutier industriel de 120 m de long a quitté le port de Dakar mercredi soir, à la suite d'une notification officielle à effet immédiat, a déclaré la Marine sénégalaise.

La levée du séquestre a été permise par un accord, annoncé mercredi par les parties russe et sénégalaise, sur le paiement de 600 millions de FCFA (1,128 million de francs).

"Amende" ou "caution"?

L'affaire a provoqué près de trois semaines de vifs échanges entre Moscou et Dakar, soutenu par le secteur de la pêche, important pourvoyeur de recettes et qui emploie près de 600'000 personnes au Sénégal.

Côté russe, on affirme que la somme versée est une "caution" éventuellement remboursable tandis que Dakar parle d'une "amende" versée au Trésor public au titre de l'Oleg Neydanov et d'un autre bateau russe en fuite, le Kapitan Bogomolov, également accusé de pêche illégale.

Mais de part et d'autre, on se félicite du dénouement. Mercredi, le ministre sénégalais de la Pêche, l'écologiste Haïdar El-Ali, a indiqué que l'affaire illustrait "la volonté ferme du gouvernement sénégalais de faire respecter son droit dans son espace maritime".

Dans un communiqué publié jeudi, le ministère russe des Affaires étrangères s'est déclaré "reconnaissant" envers des "amis étrangers" - non identifiés - "qui ont pris part au règlement de la situation".

Accusations niées

L'Agence fédérale russe de la pêche, qui nie les accusations sénégalaises de pêche illégale, a affirmé que le montant versé par l'armateur, une société privée de Mourmansk, dans le nord-ouest de la Russie, "a vocation à être restituée dans le cas où l'arraisonnement du chalutier est reconnu illégal", a-t-elle dit.

Quoi qu'il en soit, le dénouement est le résultat "de la bonne gouvernance" dans la gestion des ressources halieutiques du Sénégal et "c'est une bonne chose", s'est réjoui Cheikh Sarr, responsable du service chargé de la protection des eaux sénégalaises.

"Nous félicitons le ministre (Haïdar El-Ali) pour sa détermination et l'engageons à continuer pour que nos eaux soient mieux gardées. C'est totalement inacceptable que ces navires pirates écument les mers d'Afrique de l'Ouest", a déclaré de son côté Saër Seck, président du Groupement des armateurs et des industriels de la pêche au Sénégal (Gaipes), une des principales organisations patronales du secteur.

Durcissement de la loi annoncé

Dakar a annoncé un durcissement de la loi contre les bateaux pirates. La pêche illégale "met en danger notre sécurité alimentaire", a affirmé M. El-Ali qui s'était distingué, avant sa nomination en 2012 comme ministre de la Pêche, dans la lutte pour la défense de l'environnement à la tête d'une association, l'Océanium.

Selon les chiffres officiels, la pêche a contribué en 2011 pour près de 12,5% aux recettes d'exportation du Sénégal où elle occupe 17% de la population active.

Selon des ONG et des acteurs du secteur, plusieurs espèces sont surexploitées et menacées d'extinction au Sénégal notamment à cause du pillage des eaux par des navires étrangers. Les pertes dues aux bateaux pirates sont estimées à 150 milliards de FCFA (près de 284 millions de francs) par an.