Le Sénat brésilien s'apprête à écarter Dilma Rousseff du pouvoir

Mercredi, une session historique a été ouverte par le Sénat brésilien, qui devrait écarter du pouvoir la présidente Dilma Rousseff. Un recours présenté mardi soir et demandant l'annulation de la procédure a été rejeté.

11 mai 2016, 21:29
Le Sénat a ouvert la session ce mercredi. Dilma Rousseff devrait tomber avant la fin de son deuxième mandat.

Le Sénat brésilien a ouvert mercredi une session historique au cours de laquelle il devrait écarter du pouvoir la présidente Dilma Rousseff, 68 ans. Accusée de maquillage des comptes publics, elle devrait ensuite être soumise à un procès en destitution.

L'impopulaire présidente de gauche devrait donc tomber avant la fin de son deuxième mandat, victime de ce qu'elle nomme un "coup d'Etat" institutionnel. La justice a douché en début d'après-midi l'un des derniers espoirs de cette ancienne guérillera torturée sous la dictature militaire.

Un juge du Tribunal suprême a rejeté un recours présenté mardi soir, demandant l'annulation de la procédure. La défense de la présidente mettait en cause les "abus de pouvoir" du président du Congrès des députés Eduardo Cunha, suspendu la semaine dernière de ses fonctions pour entrave à la justice.

La procédure de destitution a été approuvée le 17 avril par une écrasante majorité de députés et transmise au Sénat, dont le vote devait intervenir dans la nuit. L'opposition affirme disposer de la majorité simple requise pour suspendre Mme Rousseff de la présidence pendant un délai maximum de 180 jours et la soumettre à un procès en destitution.

Mme Rousseff sera probablement remplacée dès jeudi par son ancien allié devenu rival, le vice-président Michel Temer, 75 ans. Dirigeant du grand parti centriste PMDB, il a claqué la porte de sa coalition fin mars.

 

"Pas de miracle"

Sur un total de 81 sénateurs, 78 étaient présents et le président du sénat a annoncé qu'il ne voterait pas. Quarante voix étaient donc requises pour dégager une majorité simple.

"Nous avons 20 voix, eux 50 environ (...). Il n'y a pas de miracle", a reconnu le sénateur Paulo Paim, du Parti des travailleurs (PT, gauche). Aux commandes du Brésil depuis 2003, le PT avait été fondé en 1980 par l'ex-président Lula (2003-2010).

Chaque sénateur disposait de 15 minutes pour s'exprimer. "Le grand jour est arrivé! Nous allons rendre son pays au peuple brésilien et le débarrasser du gang du PT", a lancé le sénateur Ataïde Oliveira, membre de PSDB (dentre-droit), le principal parti de l'opposition.

Election indirecte

L'opposition accuse la présidente d'avoir commis un "crime de responsabilité" en maquillant sciemment les comptes publics pour dissimuler l'ampleur des déficits en 2014, année de sa réélection disputée, et en 2015. Mme Rousseff allègue que tous ses prédécesseurs ont eu recours à ces tours de passe-passe budgétaires, sans avoir jamais été inquiétés.

Le vice-président Temer et ses alliés "n'arrivent pas à se faire élire à la présidence par le vote populaire. Ils utilisent le processus de destitution pour procéder à une élection indirecte dont le peuple est exclu", avait-elle dénoncé mardi.