Le "Beethoven japonais" n'était pas sourd

Contrairement à ce qu'il prétend depuis près de 20 ans, le Japonais Mamoru Samuragochi n'est pas un compositeur classique devenu sourd à l'âge de 35 ans. Le pot aux roses a été révélé par son "nègre" Takashi Niigaki.

06 févr. 2014, 12:46
In this 2011 photo, Mamoru Samuragochi poses with his CD "Symphony No.1 Hiroshima" in Japan. Samuragochi has been lauded as Japan's Beethoven for composing music despite a severe hearing impairment. But he admitted Wednesday, Feb. 5, 2014 that he did not write the symphony and other works credited to him. His ghostwriter Takashi Niigaki said Thursday, Feb. 6, that he worked with Samuragochi for 18 years but got fed up and refused in 2013 to continue the collaboration. Niigaki said he hopes to continue composing and performing despite the uproar. (AP Photo/Kyodo News) JAPAN OUT, MANDATORY CREDIT

Ni Ludwig, encore moins Beethoven. Le Japonais Mamoru Samuragochi n'était pas compositeur classique et même pas sourd, contrairement à ses dires, a affirmé jeudi son "nègre" dans une interview à un hebdomadaire, suivie d'une conférence de presse sur une arnaque de près de 20 ans.

Devant des dizaines de journalistes, mitraillé par les flashes, Takashi Niigaki est sorti de l'ombre et d'un silence de 18 ans, un lourd secret à en juger par son apparence de bête traquée, frêle silhouette dans un costume gris muraille.

Retransmise en direct à la télévision, la confession dure plus d'une heure. Les mots sont lâchés d'un ton monocorde et disparaissent presque sous le crépitement des appareils: "depuis 18 ans, je suis le nègre de Samuragochi".

Dans l'entretien à l'hebdomadaire "Shukan Bunshun", le professeur de musique à mi-temps Niigaki, âgé de 43 ans, détaille. "Au départ, j'ai accepté (de composer pour lui) sans m'en faire. Mais il est devenu de plus en plus célèbre, et j'ai commencé à craindre qu'un jour on se fasse attraper".

"Incapable de composer"

"Je pensais être son assistant, mais plus tard j'ai réalisé qu'il était incapable de composer. En fait d'assistant, j'étais complice". "A maintes reprises, j'ai voulu arrêter, mais il m'a demandé de continuer en me payant. Quoi que j'aie pu lui dire, il ne me comprenait pas".

"L'an dernier, il est allé jusqu'à me dire par courriel qu'il se suiciderait si je ne composais plus". "Cela a dû être dur pour lui de jouer les sourds. Dernièrement j'étais chez lui, seul à seul, et nous avons parlé normalement dès le départ", affirme encore le professeur.

Parfois, assure-t-il, son "employeur" sortait de son personnage de sourd: "au début d'une conversation il parlait avec les mains ou lisait sur les lèvres, mais au fur et à mesure, il discutait normalement".

Le long silence de Niigaki ne lui a pas rapporté énormément à l'en croire: en 20 ans, son travail de "nègre" n'a été payé que 7 millions de yen (environ 62'000 francs) pour une vingtaine d'oeuvres.

Samuragochi reste muet

Depuis ces révélations, Samuragochi reste muet. Il a toutefois fait savoir mercredi via son avocat qu'il était "profondément désolé d'avoir trahi ses fans et déçu les autres. Il sait qu'il n'a aucune excuse".

Selon le récit romancé de sa vie, Samuragochi était devenu complètement sourd à 35 ans, mais a continué à composer, notamment la "Symphonie No.1, Hiroshima", en hommage aux victimes de la bombe nucléaire qui avait ravagé cette ville de l'ouest du Japon le 6 août 1945.

Avec ses lunettes fumées et sa longue chevelure noire, le "Beethoven japonais" avait conquis la gloire et les coeurs au fil des ans depuis une vingtaine d'années, en composant malgré sa surdité proclamée.

Samuragochi était aussi devenu l'idole classique du Japon meurtri en 2011 par le tsunami. Sa "symphonie Hiroshima" était le quasi hymne de la reconstruction, que l'on alla jusqu'à rebaptiser "symphonie de l'espoir"!