La veuve de Yasser Arafat dépose plainte contre X pour empoisonnement

La veuve de l'ex-dirigeant palestinien a déposé plainte contre X pour l'empoisonnement au polonium de son défunt mari. Son avocat, Me Bonnant, est genevois.

15 juil. 2012, 08:44
L'Institut de radiophysique du CHUV à Lausanne sera chargé d'effectuer des prélèvements sur les restes de Yasser Arafat (photo archives), dont les causes de la mort restent inconnues. Le président palestinien Mahmoud Abbas l'a décidé.

La veuve de Yasser Arafat va déposer plainte contre X à Paris pour l'empoisonnement de l'ex-dirigeant palestinien, a indiqué son avocat Marc Bonnant dans un entretien au "Matin dimanche". Un laboratoire lausannois a récemment conclu que le raïs avait été empoisonné au polonium.

Souha Arafat "a décidé qu'elle allait déposer une plainte pénale, ce qui sera fait d'ici la fin du mois. Elle va la déposer à Paris, puisque pour l'instant on ne sait pas quel est le for et que Yasser Arafat est mort à Paris", a précisé Me Bonnant au journal dominical.

L'objectif de cette plainte et de savoir par qui a été empoisonné Yasser Arafat et pour quelles raisons, a souligné l'avocat genevois.

La procédure connaîtra deux phases, selon lui: "La première, c'est l'investigation parisienne, avec l'hôpital, les dossiers de l'hôpital, les expertises. Et, très vite, la justice va vouloir avoir le dossier suisse. Après commission rogatoire, elle va interroger les experts suisses, leur demander éventuellement des prolongements d'analyse".

Dans un documentaire diffusé par la chaîne Al-Jazira début juillet, l'Institut de radiophysique du CHUV avait conclu après analyses que le décès de l'ex-dirigeant palestinien était dû à un empoisonnement au polonium, une substance radioactive. Le laboratoire avait examiné des échantillons biologiques prélevés dans les effets personnels de Yasser Arafat.

Répondant à une requête de Souha Arafat suite à ces révélations, l'Autorité palestinienne avait donné son feu vert à l'exhumation du corps de M. Arafat, demandant que les experts suisses procèdent à des prélèvements sur ses restes.

Eviter l'exploitation politique

Cette exhumation "sera nécessaire pour compléter les travaux d'analyse de Lausanne", affirme Me Bonnant. L'avocat reste toutefois sceptique quant à la volonté des autorités palestiniennes que celle-ci ait réellement lieu: l'Autorité palestinienne "dit vouloir une enquête internationale. De mon point de vue personnel - ce n'est pas la position de Madame Arafat - une enquête internationale est évoquée lorsqu'on souhaite qu'un sujet ne soit pas traité".

"Il sera intéressant de savoir si l'Autorité palestinienne permet l'exhumation et quelles conditions elle pose à l'examen du corps", relève l'avocat. A ses yeux, la vérité dans cette affaire ne sera dévoilée que "si l'on entrave pas la justice. Pas si la politique s'en mêle".

Yasser Arafat, tombé malade dans son quartier général à Ramallah, en Cisjordanie, assiégé par l'armée israélienne, est décédé le 11 novembre 2004 à Percy. Sa mort est restée une énigme, les quelque 50 médecins qui se sont relayés à son chevet n'ayant pas précisé la raison exacte de la détérioration rapide de son état. Des Palestiniens avaient accusé Israël de l'avoir empoisonné.