La Grèce doit rapidement présenter des mesures destinées à assurer sa survie budgétaire

Après avoir de justesse réussi à prolonger la durée du contrat d'aide financière à Bruxelles, le gouvernement grec devra présenter dès lundi catalogue de réformes destinées à entériner le compromis arraché la veille.

21 févr. 2015, 13:03
epa04624989 A picture taken 17 February 2015 in Germany shows an hourglass in front of a Greek national flag, illustrating that time is running short for an agreement on a new bailout deal for Greece. The newly elected Greek government is seeking to renegotiate the country's bailout and austerity conditions with the EU.  EPA/PATRICK PLEUL

Le gouvernement grec a peu de temps pour savourer le sauvetage de sa place dans la zone euro. Il travaillait samedi pour présenter d'ici lundi soir un catalogue de réformes destinées à entériner le compromis arraché la veille, et aussi à préserver quelques promesses électorales.

Au bout de trois rounds de négociations laborieuses à Bruxelles, la Grèce espère avoir assuré sa survie budgétaire. Elle a décroché vendredi soir quatre mois de financement supplémentaires, jusqu'à fin juin, mais sous des conditions extrêmement strictes imposées par ses partenaires.

Le gouvernement Tsipras n'en revendique pas moins samedi d'avoir "tourné une page" dans ses relations avec la zone euro et changé "d'orientation" la politique du pays. L'enjeu est désormais d'exploiter l'étroite marge de manoeuvre que lui laisse le compromis pour imprimer sa marque.

C'est ce que le gouvernement grec va essayer de faire avec le catalogue de réformes qu'il doit présenter d'ici lundi soir. C'est à cette condition que ses créanciers, désormais désignés sous le terme d'"institutions" (UE, BCE et FMI) -le terme "troïka" étant banni- pourront entériner l'accord de financement, en principe mardi.

Selon le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, le gouvernement grec devrait être dispensé d'inclure certaines mesures: nouvelle hausse de TVA, nouvelles coupes dans les retraites ou poursuite de la dérégulation du marché du travail. C'est ce qui permet à Athènes de se présenter désormais en "coauteur des réformes et de sa destinée" plutôt qu'en élève soumis.

Arrêt des privatisations

Mais rien ne garantit qu'Alexis Tsipras pourra décrocher un feu vert de la zone euro sur la mise en oeuvre de la partie la plus débattue de son programme: hausse du salaire minimum, des retraites les plus faibles, protection des saisies immobilières ou arrêt des privatisations.

Toutes ces mesures ont un coût budgétaire. Or, dans l'accord trouvé, la Grèce s'engage à ne pas légiférer avec un "impact négatif sur les objectifs budgétaires, la reprise économique et la stabilité financière".

Evaluation des réformes

D'autant que ce compromis exclut que le gouvernement grec puisse utiliser les quelque 11 milliards restant dans le fonds de stabilité des banques grecques pour autre chose que la sauvegarde du système financier. En outre, la zone euro ne déboursera pas l'argent restant dans le programme d'aide (3,6 milliards) avant une seconde évaluation des réformes, en avril, réduisant d'autant la marge de manoeuvre budgétaire d'Alexis Tsipras.

Seul bol d'air financier: le possibilité de dégager un excédent budgétaire primaire plus faible que ne l'exigeaient initialement ses créanciers.

Du "temps gagné"

Le gouvernement grec, dès vendredi soir, s'est d'ailleurs engagé à donner la priorité aux réformes les plus consensuelles, comme la lutte contre l'évasion fiscale, la corruption, la reconstruction de l'administration publique, mais aussi "la réponse à la crise humanitaire".

"Les mesures qui ont un coût financier sont gelées", en déduisait cependant le quotidien de centre gauche "Ethnos". Celui-ci souligne toutefois, à l'instar du reste de la presse grecque, le "temps" gagné par la Grèce pour conduire ses propres réformes.

Un "bon compromis"

Matthieu Pigasse, directeur général de la banque franco-américaine Lazard qui conseille le gouvernement grec sur la restructuration de la dette, a d'ailleurs estimé samedi qu'il faut "laisser du temps et de l'oxygène" à la Grèce.

Interprétation radicalement différente pour la presse allemande conservatrice selon laquelle "la Grèce peut enterrer ses rêves politiques" (Die Welt) tandis que le quotidien populaire "Bild" se réjouissait d'un "succès pour Schäuble", le ministre allemand des Finances, face à une Grèce qui "plie".

Quant à François Hollande, il a qualifié samedi de "bon compromis" l'accord conclu à Bruxelles. "Sur le dossier de la Grèce, nous avons cherché la bonne solution", a-t-il expliqué. "La bonne solution, c'était de prolonger le financement permettant à la Grèce d'assurer sa transition et de pouvoir honorer ses engagements".