L'avocat de Karadzic déclare que son client ignorait tout du massacre de Srebrenica

Jeudi, lors du procès de l'ex-chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic, son avocat a affirmé qu'il ignorait tout du massacre de Srebrenica en 1995. Mercedi, lors du 1er jour de plaidoirie, Karadzic a affirmé "avoir été un vrai ami des musulmans".
07 août 2015, 14:17
Former Bosnian Serb leader Radovan Karadzic, right, enters the courtroom of the U.N. Yugoslav war crimes tribunal (ICTY) in The Hague, Netherlands, Thursday, July 11, 2013. Judges at the ICTY are ruling on a prosecution appeal against Karadzic's acquittal on genocide charge, one of the key allegations against him over atrocities during Bosnia's bloody war. (AP Photo/Michael Kooren, Pool)

Radovan Karadzic ignorait tout du massacre de Srebrenica en 1995, a plaidé jeudi son avocat devant le TPI pour l'ex-Yougoslavie. L'ancien chef politique des Serbes de Bosnie "n'est donc pas coupable de génocide", selon lui. Le verdict de ce procès n'est pas attendu avant une année.

"Il n'y a pas la moindre preuve montrant que le Dr Karadzic ait planifié ou ordonné l'exécution de prisonniers, ou même qu'il en était au courant", a assuré Peter Robinson, conseiller juridique de M. Karadzic. "En fait, ils (ces événements, Ndlr.) lui ont été cachés", a-t-il affirmé devant le Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie.

S'exprimant ensuite, Radovan Karadzic a soutenu que le dossier d'accusation sur le bombardement de Sarajevo "ne dessine qu'un portrait partiel de la réalité, et ce au détriment des Serbes". Ce dossier était basé, selon lui, sur "des opinions de témoins" plutôt que sur des faits.

Il a critiqué l'enquête sur le siège de Sarajevo. Celle-ci a manqué d'objectivité, ignoré le rôle des musulmans et créé l'idée selon laquelle "le siège de Sarajevo avait été un assaut unilatéral et sans raison de la part de l'armée serbe".

Il clame son innocence

Mercredi, au premier jour de plaidoirie, Radovan Karadzic avait assuré avoir été "un vrai ami des musulmans" et que le procureur poursuivait le peuple serbe. A l'ouverture de son procès en mars 2010, il avait assuré que le massacre de Srebrenica était un "mythe".

Bien qu'il ait dit avoir "une responsabilité morale" pour les crimes commis lors de la guerre de Bosnie, en tant que chef politique des Serbes de Bosnie, il clame son innocence.

Radovan Karadzic, 69 ans, est notamment accusé du massacre de près de 8000 hommes et garçons musulmans par les forces serbes de Bosnie à Srebrenica en juillet 1995. Il s'agit du pire massacre commis en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

"Nettoyage ethnique"

Ce massacre s'inscrit dans le nettoyage ethnique de larges territoires de la Bosnie planifié, selon l'accusation, par Radovan Karadzic avec le général Mladic et l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic à l'issue du démantèlement de la Yougoslavie en 1991. Leur but était de chasser musulmans, Croates et autres non-serbes de ces zones pour créer un Etat serbe ethniquement pur, selon l'accusation.

M. Karadzic doit répondre au total de onze charges de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre présumés commis lors de la guerre de Bosnie. Celle-ci a fait quelque 100'000 morts au total et 2,2 millions de déplacés entre 1992 et 1995. L'accusé et le bureau du procureur pourront s'exprimer une dernière fois le 7 octobre, après quoi les juges délibéreront.

Longue procédure

L'accusé et le bureau du procureur pourront s'exprimer une dernière fois le 7 octobre, après quoi les juges délibéreront. Un jugement n'est pas attendu avant octobre 2015. L'accusation a requis la prison à vie, alors que M. Karadzic, qui assure sa défense avec l'aide d'un conseiller juridique, plaide non coupable.

Radovan Karadzic avait été interpellé en juillet 2008 dans un bus à Belgrade après plus de dix ans de cavale. Il se faisait passer pour un thérapeute aux méthodes alternatives.