L'architecte brésilien Oscar Niemeyer est décédé

L'architecte brésilien Oscar Niemeyer s'est éteint à l'âge de 104 ans mercredi. Il était à l'origine de la construction de la ville de Brasilia.

06 déc. 2012, 07:09
FILE - In this Dec. 14, 2007 file photo, Brazil's star architect Oscar Niemeyer attends an event marking his 100th birthday, in Rio de Janeiro, Brazil. According to a hospital spokeswoman on Wednesday, Dec. 5, 2012, famed Brazilian architect Oscar Niemeyer has died at age 104. (AP Photo/ Ricardo Moraes, File)

Oscar Niemeyer est décédé mercredi à Rio de Janeiro à l'âge de 104 ans. L'architecte brésilien, disciple de Le Corbusier à ses débuts, avait révolutionné l'architecture moderne par ses créations inventives et futuristes, dont la ville de Brasilia est devenu un symbole.

Niemeyer, qui aurait eu 105 ans le 15 décembre, était hospitalisé depuis plus d'un mois en raisons de complications rénales et d'hémorragies intestinales. "Il a présenté une aggravation de son infection respiratoire qui a provoqué son décès", a annoncé l'hôpital Samaritano de Rio dans un communiqué.

La présidence de la République a annoncé qu'une veillée mortuaire serait organisée à Brasilia jeudi après-midi dans le Palais du Planalto, siège du gouvernement fédéral, un bâtiment construit par Niemeyer. Le corps sera ensuite rapatrié à Rio pour les obsèques prévues vendredi.

Hommages

Le gouverneur de Rio, Sergio Cabral, a décrété un deuil de trois jours dans l'Etat en hommage "au génie de l'architecture mondial, ferme dans ses convictions et aimé du peuple brésilien".

La présidente Dilma Rousseff a de son côté déploré la perte de "l'un des génies" du Brésil, le qualifiant de "révolutionnaire" qui a toujours "rêvé d'une société plus égalitaire". Niemeyer est en effet resté athée et militant communiste jusqu'à la fin dans un pays marqué par les inégalités sociales.

Né le 15 décembre 1907 à Rio, dans une famille bourgeoise d'origine allemande, portugaise et arabe, Oscar Ribeiro de Almeida de Niemeyer Soares, a participé à la réalisation de plus de 600 oeuvres en 70 ans de carrière. Une vingtaine sont encore en cours de réalisation dans divers pays.

"Créer la stupeur"

C'est en 1940 que Niemeyer fait la connaissance du futur président Juscelino Kubitschek, qui lui donnera la "joie" de construire ex-nihilo Brasilia, l'actuelle capitale du Brésil, avec l'urbaniste Lucio Costa et le paysagiste Roberto Burle Marx.

"On voulait faire des immeubles qui créent une certaine stupeur parce qu'ils étaient différents", avait déclaré ce pionnier de l'utilisation du béton. Inaugurée le 21 avril 1960, Brasilia, dont il a réalisé les bâtiments phares, lui a fait remporter d'innombrables prix, comme le prix Pritzker (le Nobel d'architecture) en 1988.

Ce petit homme frêle au regard vif aimait se rendre tous les jours dans son atelier aux grandes baies vitrées donnant sur la plage de Copacabana. Depuis quatre ans, il ne se déplaçait plus qu'en chaise roulante, après une fracture du bassin.

Au cours des dernières années, il avait été hospitalisé à plusieurs reprises, la dernière le 2 novembre en raison d'une déshydratation et pour la pose d'une sonde gastrique. Depuis, sa fonction rénale s'était détériorée, d'après son médecin.

Rencontre avec Le Corbusier

C'est en 1936 qu'il avait fait la rencontre décisive du Franco-Suisse Le Corbusier, à Rio, dont il se disait le disciple. Son premier grand travail sera le "Complexe de la Pampulha" (à Belo Horizonte) achevé en 1943 et "l'un de ses préférés".

Oscar Niemeyer a ensuite évolué vers un style plus en rondeurs, inspiré disait-il par les courbes des Cariocas, des plages où elles prennent le soleil et des pains de sucre qui les entourent. Ses bâtiments tout en courbes lui ont valu d'être surnommé "l'architecte de la sensualité".

L'architecte brésilien a participé notamment à la conception du siège des Nations unies (1952), à New York, et a dessiné le Musée d'art contemporain de Niteroi (1996), près de Rio, célèbre pour sa forme de soucoupe volante.

La France, qui l'a accueilli pendant ses années d'exil, compte près d'une vingtaine d'oeuvres, dont la Maison de la Culture du Havre (1972) et le siège du Parti communiste à Paris (1965). Le président Georges Pompidou, grand amateur d'art contemporain, disait d'ailleurs que la coupole du siège du PCF était "la seule bonne chose" que les communistes aient faite.