Grève: face à la grogne des pilotes, Air France suspend son projet de compagnie à bas coût Transavia

Face à la grève massive de ses pilotes, Air France a fini par céder. La compagnie "suspend" son projet à bas coût Transavia. Du côté des grévistes, aucune décision de reprise du travail n'a pour l'heure été prise.

25 sept. 2014, 07:06
Malgré l'engagement de la direction d'Air France, les pilotes n'ont pas encore annoncé la reprise du travail.

La direction d'Air France a proposé mercredi soir le retrait immédiat du projet de "low cost" Transavia Europe, au coeur du conflit avec les pilotes. Elle espère une "reprise immédiate" du travail, après dix jours de grève.

Le gouvernement a salué ce "geste" de la direction, estimant que "maintenant", "la responsabilité des pilotes (était) de cesser le mouvement". La direction a également "appelé les grévistes à reprendre le travail sans délai".

Parallèlement, des négociations se déroulaient mercredi dans la soirée entre la direction, le premier syndicat de pilotes (SNPL, 71%) et le syndicat national des pilotes de ligne (12%) - à l'origine de la grève, qui égale désormais le record du plus long conflit jamais mené par les pilotes d'Air France en 1998.

Sollicité par l'AFP, le porte-parole du Spaf n'a pas souhaité commenter la proposition "tant que les négociations sont en cours". Il a toutefois regretté que la direction ait décidé de communiquer auprès des médias alors que les négociations se poursuivaient.

Depuis mercredi matin, la confusion régnait autour de ce projet, le gouvernement évoquant son abandon, tandis que la direction continuait de parler de suspension... avant d'annoncer dans la soirée son "retrait immédiat".

"Plus de raison de faire la grève"

Cités dans le communiqué, le PDG d'Air France-KLM, Alexandre de Juniac, et celui d'Air France, Frédéric Gagey, ont estimé qu'"il n'y (avait) désormais plus aucune raison de faire grève car plus aucune crainte de délocalisation ne peut subsister".

"Notre projet Transavia est un projet 100% pour la France", ont-ils insisté. "Il s'agit de développer la compagnie Transavia pour la croissance en Franceet de créer rapidement plus de 1000 emplois" dans l'Hexagone, dont 250 de pilotes.

Dans la matinée, le premier ministre Manuel Valls avait appelé à une résolution rapide du conflit: "Si l'abandon ou le report du projet Transavia en Europe permet de trouver une solution de crise, c'est la bonne solution", a-t-il déclaré.

Mardi, Alexandre de Juniac avait déclaré que s'il devait renoncer à Transavia Europe, ce serait "la mort dans l'âme". Avec des pertes estimées entre 15 à 20 millions d'euros (18 à 24 millions de francs) par jour, la poursuite du plus long conflit de pilotes chez Air France, à égalité avec celui de 1998, place la compagnie "en danger", selon Manuel Valls.

62% de pilotes grévistes

Dans les aéroports, la grève se traduit depuis le 15 septembre par l'annulation de près de la moitié des vols. Air France devait assurer mercredi 47% du trafic et table sur un pourcentage identique jeudi. Le taux de pilotes grévistes attendu pour jeudi est de 62%, en hausse par rapport à mercredi. La compagnie recommande à ses clients de reporter leur voyage ou de changer leur billet sans frais.

Le SNPL, héraut de la contestation, a étendu son préavis de grève jusqu'au 30 septembre. Les préavis du Spaf, deuxième syndicat, et d'Alter (non représentatif) courent jusqu'à vendredi.

En réponse au rassemblement de pilotes de ligne organisé la veille à Paris, entre 500 et 600 salariés d'Air France ont manifesté mercredi à l'aéroport de Roissy-Charles-De-Gaulle pour soutenir la direction contre ces professionnels du ciel en grève.

"Les pilotes au boulot! Non à la grève", ont scandé les participants, des personnels au sol et d'escale, agents de maintenance, techniciens, quelques pilotes et des commerciaux de l'entreprise.

A quelques mois des élections professionnelles de mars 2015, les dissensions entre les différentes catégories du personnel d'Air France n'ébranlent pas la détermination des syndicats de pilotes, décidés à enterrer définitivement Transavia Europe.

Les inquiétudes des syndicats se cristallisent autour d'une compagnie paneuropéenne à bas coûts, qui imposerait à ses pilotes des contrats de statut local, soulevant un risque de "dumping social", selon eux.