Grèce: le suicide d'un retraité d'Athènes bouleverse le pays

Criblé de dette, un homme s'est suicidé en pleine rue d'Athènes mercredi. Les Grecs ont manifesté sur les lieux du drame.

05 avr. 2012, 06:32
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Le suicide d'un septuagénaire en pleine rue d'Athènes a suscité l'émoi des Grecs. Ils ont spontanément manifesté sur les lieux du drame et fait réagir l'ensemble de la classe politique face à une manifestation du "désespoir" provoqué par la crise.

Le pharmacien retraité était âgé de 77 ans. Il a mis fin à ses jours mercredi matin, à quelques mètres du parlement grec, sur une pelouse de la place Syntagma.

"Il est tragique qu'un de nos concitoyens ait mis fin à ses jours. Dans ces moments difficiles pour notre société, gouvernement et citoyens, nous devons soutenir les gens qui se trouvent dans la détresse", a indiqué le Premier ministre Lucas Papademos dans un communiqué.

Mobilisées via les réseaux sociaux, environ un millier de personne a afflué sur les lieux du drame mercredi soir. Au pied d'un cyprès, elles ont déposé des bouquets de marguerites ou d'anémones, des cierges et des dizaines de messages manuscrits appelant notamment au soulèvement du peuple.

"Soulevez-vous, son sort sera le sort de nous tous", "Que cette mort soit la dernière de citoyens innocents. J'espère que les prochaines victimes seront les politiciens traîtres", pouvait-on lire sur ces notes.

La plupart des manifestants, silencieux et émus, refusaient de parler aux médias mais certains scandaient le mot "Assassins". La police a bouclé l'avenue longeant le parlement.

Cancer du pancréas

Une lettre manuscrite a été découverte dans une des poches de la victime, a indiqué la police, mais sans en dévoiler le contenu. Selon diverses versions avancées par les médias, il y accusait le gouvernement de l'avoir privé de ressources, l'assimilant à l'exécutif mis en place par les occupants nazis en 1941.

Le retraité était par ailleurs atteint d'un cancer du pancréas, selon une source policière. Le porte-parole du gouvernement Pantélis Kapsis a souligné que "les circonstances précises" de cette "tragédie humaine" n'étaient pas encore connues.

Chutes des salaires

Selon les médias, plusieurs témoins ont entendu l'homme crier qu'il ne voulait pas léguer de dettes à ses enfants. La police n'a pas pu confirmer ce récit.

Plusieurs études ont rendu compte ces derniers mois d'une augmentation des dépressions et suicides en Grèce. La crise économique et sociale a fait bondir le taux de chômage, chuter salaires et retraites. A l'image de ses voisins du Sud, la Grèce affiche toutefois un taux de suicide beaucoup plus bas que les pays du nord de l'Europe.

Elections en mai

Alors que des élections législatives anticipées sont attendues début mai, ce drame a fait réagir l'ensemble de la classe politique. Elle y voit le signe du "désespoir" et de "la dépression" de la population grecque.

Plus mesuré, Evangélos Vénizélos, chef des socialistes du Pasok, parti majoritaire dans le gouvernement de coalition et artisan du deuxième prêt international accordé récemment au pays, a estimé que "les commentaires politiques n'ont pas leur place après cet incident choquant". "Il faut réfléchir à la situation du pays et faire preuve de solidarité et de cohésion".

En Italie également sous le coup d'une sévère cure d'austérité, un maçon poursuivi pour fraude fiscale à Bologne (nord) et un Marocain de Vérone (nord) qui n'était plus payé depuis des mois se sont immolés par le feu la semaine dernière.