Grèce: le Parlement adopte une réforme des retraites et de la fiscalité tandis que la rue gronde

La très controversée réforme des retraites et de la fiscalité a été approuvée dimanche soir par le Parlement grec. Des milliers de citoyens étaient descendus dans la rue pour militer contre ce texte exigé par l'Union européenne. La tension reste forte à travers le pays.

09 mai 2016, 06:59
/ Màj. le 09 mai 2016 à 07:03
Le texte a été voté dans la douleur dimanche soir.

Le Parlement grec a adopté tard dimanche soir une réforme controversée des retraites et de la fiscalité, réclamée par les créanciers internationaux. Ces mesures étaient nécessaires au déblocage d'une nouvelle tranche d'aide dans le cadre du plan de sauvetage financier du pays.

Elles visent à garantir que le budget grec dégagera un excédent primaire (hors service de la dette) de 3,5% du produit intérieur brut (PIB) en 2018. Cet objectif, négocié l'été dernier par le premier ministre Alexis Tsipras avec les créanciers internationaux, doit permettre le retour de la Grèce sur le marché de la dette et rendre son endettement viable.

Seule la majorité de la coalition gouvernementale, la gauche Syriza et le parti souverainiste Anel, soit 153 députés sur les 296 députés présents, ont voté en faveur de cette loi intitulée "un système unifié de sécurité sociale, réforme du système des retraites et règlement de l'impôt sur le revenu".

Tous les partis de l'opposition, dont la droite de la Nouvelle Démocratie, ont en revanche voté contre ce texte, qui prévoit la réduction des retraites les plus élevées, la fusion des multiples caisses d'assurance, l'augmentation des cotisations, des taxes et de l'imposition surtout pour les moyens et hauts revenus.

Un troisième plan d'aide

La loi refondant le système des retraites, qui était exigé par les créanciers du pays, UE et FMI, en échange d'un troisième plan d'aide, qui pourrait atteindre 86 milliards d'euros, était débattu au Parlement depuis samedi.

Le gouvernement de gauche d'Alexis Tsipras espère que l'adoption de cette réforme avant la réunion lundi à Bruxelles des ministres des finances de la zone euro (Eurogroupe) contribuera à ouvrir enfin le débat sur l'épineuse question du règlement de la dette.

La réforme des retraites s'inscrit dans la logique des efforts du gouvernement pour s'aligner sur les exigences des créanciers qui demandent des économies de 5,4 milliards d'euros d'ici 2018.

La Grèce a "pratiquement atteint" ses objectifs de réformes voulues par ses créanciers et l'Eurogroupe va mener de "premières discussions" sur un aménagement possible de la dette du pays, a dit le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker dans un entretien paru dimanche en Allemagne.

"Tombeau" de la croissance

Ce nouveau train de réformes, qui s'ajoute à six années de politique d'austérité, est rejeté par les syndicats. Ceux-ci avaient appelé à manifester et à une grève générale vendredi et samedi. Le mouvement d'arrêt a surtout touché les transports en commun.

Quelque 26'000 personnes, selon la police, ont défilé dimanche dans les rues d'Athènes et de Thessalonique (nord). Dans la soirée, des échauffourées ont éclaté devant le Parlement. La police a fait usage de gaz lacrymogènes pour repousser des manifestants.

En fin de matinée, déjà près de 15'000 personnes avaient manifesté dans ces deux villes. La mobilisation était toutefois moins importante que lors de la dernière grande manifestation contre cette réforme, le 4 février, où 50'000 personnes avaient manifesté, dont 40'000 à Athènes.