Gambie: le président sortant refuse de quitter le pouvoir, cinq pays africains interviennent militairement

Le président sortant Yahya Jammeh refuse de laisser le pouvoir à son successeur Adama Barrow. En conséquence, les armées de cinq pays africains sont entrées sur le territoire gambien pour installer de force le nouveau président élu.

19 janv. 2017, 22:04
Des troupes africaines sont entrées en Gambie pour destituer manu militari le président sortant.

Les troupes sénégalaises et de quatre autres pays d'Afrique de l'Ouest sont intervenues jeudi en Gambie pour installer le nouveau président Adama Barrow. Elles comptaient forcer au départ le sortant Yahya Jammeh, qui refuse toujours de reconnaître sa défaite électorale.

M. Barrow, tout de blanc vêtu, a prêté serment à l'ambassade de Gambie à Dakar peu avant 18h00 devant le président de l'Ordre des avocats gambien Sheriff Tambadou, en présence de nombreux responsables d'organisations internationales et régionales ainsi que de ses deux épouses.

Dans le même temps, les forces sénégalaises, mandatées par l'organisation régionale ouest-africaine Cédéao, qui presse depuis des semaines M. Jammeh, dont le mandat a expiré mercredi, de céder le pouvoir, entraient sur le territoire de leur petit voisin (1,8 million d'habitants).

Les soldats sénégalais ont pénétré "de partout" en Gambie, pays totalement enclavé dans le Sénégal à l'exception d'une étroite bande côtière, a indiqué le colonel Abdoul Ndiaye, porte-parole de l'armée. "L'ensemble des moyens, terre, air et mer" des forces de la Cédéao mobilisées pour cette opération, a été engagé, a affirmé un autre responsable de l'armée sénégalaise, précisant que des militaires du Nigeria, du Ghana, du Togo et le Mali étaient aussi impliqués.

Vote de l'ONU

L'annonce est intervenue quelques minutes après le vote unanime par le conseil de sécurité de l'ONU d'une résolution soutenant les initiatives de la Cédéao pour pousser Yahya Jammeh à quitter le pouvoir, sans explicitement approuver un recours à la force.

Des avions de combat nigérians avaient mené dans la journée des missions de reconnaissance au-dessus de la Gambie, notamment la capitale. Banjul est transformée en ville fantôme, magasins clos et habitants terrés chez eux de craintes de violences. Les évacuations de touristes, notamment Britanniques (l'ex-puissance coloniale) se poursuivaient également.

La progression des troupes africaines n'était pas immédiatement connue, mais des tirs ont été entendus en Casamance, dans le sud du Sénégal, en provenance de plusieurs villages proches de la frontière gambienne, selon un correspondant de l'AFP.

Selon des témoins des accrochages ont eu lieu entre soldats sénégalais et des rebelles présumés du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), qui se bat depuis 1982 pour l'indépendance de la Casamance, réputé proche du régime Jammeh. Aucun bilan éventuel n'était disponible.

Appel au ralliement

Dans son discours d'investiture, M. Barrow, élu à la surprise générale lors de la présidentielle du 1er décembre, a salué "un jour qu'aucun Gambien n'oubliera jamais". Il a ensuite appelé les forces armées gambiennes à se rallier à lui, sous peine d'être traités comme des "rebelles".

Des scènes de liesse ont éclaté peu après dans les rues de Banjul sans être réprimées par les militaires présents. Le chef d'état-major de l'armée a même été vu célébrant avec les manifestants, semblant indiquer un lâchage de M. Jammeh.

Le général Ousman Badjie avait dès la veille laissé entendre qu'il n'entendait pas résister et entraîner ses hommes dans un "combat stupide" autour d'une "dispute politique".

Imprévisible et accusé de violations des droits de l'homme par de nombreuses ONG internationales, Yahya Jammeh est arrivé au pouvoir en 1994 par un coup d'Etat sans effusion de sang. Il dirige depuis le pays, qu'il a récemment proclamé "république islamique" d'une main de fer.

Volte-face

Après avoir initialement, et à la stupeur générale, reconnu sa défaite face à M. Barrow, candidat d'une opposition pour une fois unie, il avait fait volte-face à la suite de la reconnaissance par la commission électorale d'une erreur n'affectant pas le résultat final.

Malgré les pressions internationales et abandonné au fil des jours par sa vice-présidente et plusieurs de ses ministres, il s'est obstiné à demeurer en place tant que la justice n'aurait pas statué sur ses recours électoraux.