"Fuoccoammare" applaudi à la Berlinale

Le documentaire de l'Italien Gianfranco Rosi, sur les drames des migrants à Lampedusa "Fuocoammare", a été applaudi à la Berlinale. Un festival qui veut offrir un coup de projecteur sur la crise des réfugiés.

13 févr. 2016, 18:52
L'entrée de la Berlinale recouverte de gilets de sauvetage pour les migrants.

Après la rencontre vendredi sur ce sujet entre la chancelière Angela Merkel et l'acteur américain George Clooney, venu pour la Berlinale, la crise des migrants est de nouveau au centre de l'attention samedi avec la projection de ce film en course pour l'Ours d'or, décerné le 20 février.

Pour "Fuocoammare", Gianfranco Rosi, lauréat 2013 du Lion d'or à Venise pour le documentaire "Sacro Gra" - consacré aux personnes vivant près du périphérique romain - a passé plusieurs mois sur l'île italienne de Lampedusa, petit morceau de terre de 20 km2 situé entre Malte et la Tunisie.

"Complices"

Il raconte le quotidien des milliers de migrants y arrivant par bateau dans des conditions catastrophiques, dont beaucoup perdent la vie.

"Je crois que ce film est le témoignage d'une tragédie qui se déroule sous nos yeux", a déclaré le réalisateur lors d'une conférence de presse où il a été accueilli par de longs applaudissements.

"Je pense que nous sommes tous responsables de cette tragédie, peut-être la plus grande que nous ayons vue en Europe depuis l'Holocauste", a-t-il ajouté. "Nous sommes complices si nous ne faisons rien".

Brut, sans voix off ni commentaire, le film raconte en parallèle le quotidien d'habitants de Lampedusa - un garçon de 12 ans, Samuele, sa famille, un pêcheur d'oursins ou le médecin Pietro Bartolo, qui porte secours à des migrants à Lampedusa depuis les années 90 - et celui de ces migrants.

"Immergé" dans la vie locale

Cinéaste bourlingueur formé aux Etats-Unis, Gianfranco Rosi a raconté s'être "immergé" dans la vie locale.

Il a accompagné les garde-côtes secourant des bateaux en détresse, après avoir reçu des appels à l'aide par radio. Portant masques et combinaisons blanches, ils évacuent un à un les réfugiés de bateaux bondés dont ils extirpent également des cadavres.

"Tellement de choses horribles"

"J'ai vu tellement de choses horribles, épouvantables", a témoigné le docteur Bartolo lors de la conférence de presse. "J'ai vu tellement d'enfants morts, de femmes enceintes mortes, de femmes qui ont été violées", a-t-il ajouté. "J'en fais des cauchemars très souvent".

"Parler de ces choses me fait mal à chaque fois (...), mais j'accepte parce que j'ai l'espoir qu'à travers ces témoignages, on pourra sensibiliser des personnes" à ce qui est "devenu un problème dramatique, de portée universelle", a-t-il encore dit.

Dans une scène particulièrement forte du documentaire, le médecin décrit la déshydratation, la malnutrition, les graves brûlures dues à l'essence ou les états d'asphyxie dus aux émanations de moteurs dans lesquels se trouvent certaines des personnes qu'il doit secourir, ainsi que le difficile travail d'examen des cadavres repêchés en mer.