France: un fils accuse son père de meurtre devant la cour d'Assises de Rennes

Un face à face singulier entre un père et son fils se joue ce mercredi devant la cour d'Assise de Rennes (ouest de la France). Le second accuse le premier d'avoir tué sa maîtresse le 30 octobre 1977, Agnès Le Roux.
09 avr. 2014, 14:43
Jugé pour la troisième fois, Maurice Agnelet, un avocat de 76 ans, a toujours clamé son innocence dans la disparition à Nice (sud-est) le 30 octobre 1977 d'Agnès Le Roux, une de ses maîtresses alors âgée de 29 ans.

Un père accusé de meurtre par son fils a été confronté mercredi à ce dernier devant la cour d'Assises de Rennes (ouest de la France). Ce face-à-face a eu lieu dans le cadre d'un procès autour de la disparition en 1977 d'une riche héritière, une grande énigme judiciaire du siècle dernier dans l'Hexagone.

Jugé pour la troisième fois, Maurice Agnelet, un avocat de 76 ans, a toujours clamé son innocence dans la disparition à Nice (sud-est) le 30 octobre 1977 d'Agnès Le Roux, une de ses maîtresses alors âgée de 29 ans.

Son procès s'était ouvert lundi par un coup de théâtre avec les révélations de son fils Guillaume. Ce dernier avait affirmé avoir passé sous silence pendant des années des "aveux" de son père sur le meurtre d'Agnès Le Roux.

Je ne viens pas pour faire la guerre

Mercredi, il a confirmé devant la cour d'Assises de Rennes (ouest) ses déclarations accusant son père de meurtre. "Oui je les confirme", a-t-il dit. "Je viens pour retranscrire ce qui depuis près de 30 ans est au plus près de mes souvenirs. Je ne viens pas pour faire la guerre" au reste de la famille, a-t-il précisé.

Guillaume Agnelet a confessé qu'il s'agissait pour lui d'un choix "cornélien". "Je savais quelles conséquences ça pourrait avoir", reconnaît-il. Il a également assuré qu'il avait dit à sa famille, il y a quelques années: "Atterrissez ! Atterrissez ! Je harcelais ma mère tous les jours" pour que la "vérité" sorte.

Le témoin assure que son père lui avait dit lorsqu'il avait 16 ans: "Tant que le corps n'est pas retrouvé, je ne risque rien. Moi je sais où il est le corps".

Coin tranquille

Auparavant, sa mère, en larmes, Annie Litas, avait démenti que Maurice Agnelet lui ait confié avoir tué sa maîtresse comme l'a aussi affirmé Guillaume Agnelet. Le fils a affirmé que sa mère lui avait dit: "Ton père a tué Agnès" et avoir précisé tenir cette information "directement de lui".

Outre les propos qu'il attribue à sa mère, Guillaume Agnelet a affirmé que son père et Agnès Le Roux étaient "allés faire du camping dans un coin tranquille près de Monte Cassino", en Italie. "Il aurait, pendant son sommeil, tiré sur Agnès", a-t-il ajouté, expliquant avoir gardé le silence aussi longtemps "pour le bien de la famille".

Troubles psychiques

"Je trouve ça totalement irréaliste et rocambolesque. Je n'ai jamais prononcé ces propos", a déclaré Annie Litas. "Je suis sa mère et je le resterai toujours, mais je suis totalement démunie face à ses déclarations. Je ne comprends pas. Je n'aurais jamais imaginé qu'il puisse faire de telles déclarations", a ajouté Mme Litas, allant jusqu'à affirmer que son fils est victime de troubles psychiques.

Quant à l'accusé, il a nié en bloc. "Je partage l'avis de sa mère: il est en souffrance", a-t-il dit.

Compte à Genève

Agnès Le Roux est la riche héritière d'un casino sur la célèbre promenade des Anglais à Nice. Sa disparition est survenue quelques mois après qu'elle eut vendu les parts de son casino à un concurrent. La somme, d'abord versée sur un compte commun aux deux amants, à Genève, s'est retrouvée après la disparition d'Agnès sur un compte au seul nom d'Agnelet.

Bénéficiaire d'un non-lieu en 1985, puis acquitté en 2006, Maurice Agnelet a été condamné en appel à 20 ans de prison en 2007, avant que la Cour européenne des droits de l'Homme n'estime début 2013 que ce procès n'avait pas été équitable.