France: un an après l'accident de car mortel, les Portugais de Suisse craignent la route RCEA

C'était il y a presque un an. Un accident de car faisait 4 morts sur la route Route Centre-Europe-Atlantique (RCEA). Il s'agissait de Portugais de Suisse qui rentraient à Romont, dans le canton de Fribourg. Un an après le drame, les Ibériques de Suisse continuent d'emprunter cette route pour se rendre au pays, même s'ils la craignent plus que tout.
04 janv. 2018, 11:28
L'accident a coûté la vie à quatre personnes qui revenaient des fêtes de fin d'année au Portugal.

Quand il emprunte la RCEA avec son camion pour se rendre à Berne, Jacky dit avoir peur. Cet axe très fréquenté a mauvaise réputation. Entre la Bourgogne et la côte Atlantique, elle a coûté la vie à de nombreux émigrés travaillant en Suisse sur la route des vacances. Il y a une année, quatre Portugais avaient perdu la vie en rentrant à Romont (FR). Le véhicule aurait dérapé sur une plaque de glace. De nombreux émigrés ibériques traversent la France par cette route. Elle est la plus rapide pour rentrer au pays.

 

"Oui, j'ai peur, surtout la nuit", confie Jacky. Ce routier proche de la retraite emprunte depuis des années la RCEA. Il se confie accoudé au comptoir du restaurant EurOscar. Un gigantesque relai routier situé à proximité de la ville bourguignonne de Paray-le-Monial.

Ce restaurant tourne à 100, voire 200 couverts par jour, et dispose d'un parking gigantesque. Les camionneurs s'y arrêtent pour y reprendre des forces. Jacky, lui, a quitté Nantes la veille et se rend à Berne.

Des milliers de camions

La Route Centre-Europe-Atlantique (RCEA), appelée aussi Suisse-Océan, est empruntée chaque jour par des milliers de camions qui traversent la France. Cet axe relie l'autoroute A6 qui descend vers le midi à l'A10 qui plonge sur Bordeaux en direction de l'Espagne et du Portugal.

Elle a un avantage : "elle n'a pas de péage", explique Ivan, un routier espagnol qui mange seul à une table du restaurant. "C'est pour ça que mon patron veut que nous l'empruntions", confie-t-il avant de remonter dans son semi-remorque en direction de Strasbourg.

Mais la RCEA a un gros inconvénient. Elle n'est pas surnommée "la route de la mort" pour rien. Un accident sur quatre est mortel. Entre 2008 et 2016, près de 120 personnes ont perdu la vie sur ce tronçon emprunté chaque jour par près de 15'000 véhicules, dont près de la moitié des poids lourds.

 

Certains émigrés font d'ailleurs la course sur la RCEA. "J'ai parcouru les 1850 km en moins de 17 heures pour rentrer chez moi", fanfaronne Francisco devant ses amis attablés au centre espagnol de Delémont. Une moyenne de près de 110 km/h malgré la limitation à 90 km/h de la RCEA.

Bientôt 4 voies

De nombreux tronçons de la RCEA sont à deux voies seulement. Même si une grosse ligne blanche empêche les automobilistes de doubler, certains perdent patience derrière un véhicule respectant la limite à 90 km/h. La monotonie du parcours accentue encore la fatigue des chauffeurs qui ont des centaines de kilomètres au compteur.

Les autorités ont pris des mesures pour que cette route passe à quatre voies dans les prochaines années. Des chantiers sont en cours pour son élargissement. Jacky aura pris sa retraite d'ici là. Mais il ne compte pas reprendre la RCEA quand il raccrochera.