France: des policiers inquiets après la tuerie de Magnanville

Des policiers s'inquiètent de l'exercice de leur profession après le meurtre d'un policier et de sa compagne à Magnanville survenu lundi soir. Le couple a été assassiné alors qu'il était dans leur propre domicile.

14 juin 2016, 18:43
Un policier dépose un bouquet de fleurs devant le domicile de son collègue poignardé chez lui à Magnanville, à l'ouest de Paris.

L'assassinat d'un couple de policiers lundi soir à son domicile a fait l'effet d'une "déflagration" au sein des forces de l'ordre françaises. L'on s'inquiète après cette action sans précédent des conditions d'exercice de la profession.

"Tous les policiers quand ils épousent ce métier, savent qu'il y a des risques potentiels. Mais là, on n'hésite plus à aller assassiner une famille dans un domicile. C'est quelque chose qui n'a jamais été vu", témoigne Loïc Travers, secrétaire national adjoint pour l'Ile-de-France du syndicat Alliance, majoritaire dans la profession.

Pour un policier, "sa maison, c'est quelque part comme un sanctuaire, où il peut avoir un petit de peu de répit (...) avec sa famille", a déclaré Loïc Travers sur iTELE. "On se rend compte que ça, aujourd'hui, ce n'est plus possible. Il y a un degré qui a été franchi", a-t-il ajouté.

Policiers ciblés

Avant l'Euro de football, une source sécuritaire avait déclaré que les forces de police et de secours figuraient parmi les cibles les plus exposées de possibles nouveaux attentats en France au nom de l'EI. Une opération contre une école de police était évoquée au nombre des hypothèses.

Le mode opératoire de l'assassinat de Magnanville, perpétré par un prétendant français au djihad condamné en 2013, prend toutefois les autorités de court.

"C'est un acte terroriste très particulier qui est susceptible de mettre à découvert tous les policiers quels qu'ils soient. C'est en cela que c'est particulièrement inquiétant et c'est en cela que, quelque part, il est difficile de trouver des réponses", a souligné Loïc Travers.

Mode de vie en question

Les forces de sécurité ont déjà été visées par le passé en France, mais jamais "dans leur intimité".

Au lendemain de Magnanville, "les policiers sont sidérés. Les hommes et les femmes qui composent la police nationale, qui ont des familles, vont être inquiets sur le fait de savoir s'ils doivent modifier leur mode de vie", a dit sur Europe 1 Céline Berthon, secrétaire générale adjointe du syndicat des commissaires de la police nationale.

"C'est complètement nouveau et ça fait office de déflagration dans la police: on accepte les risques du métier, on n'accepte pas d'être poursuivi dans sa vie privée".

Armés en tout temps

Alliance exige, à l'instar d'Unité-SGP Police, que "face à ces nouveaux risques, (...) les policiers continuent d'être armés en tout temps et tous lieux" au-delà du régime de l'état d'urgence. Un arrêté publié en janvier dernier stipule en effet que le port d'arme hors service est limité à l'état d'urgence.

"Nous n'allons pas inventer à chaque fois une nouvelle mesure. Il faut appliquer les mesures", a plaidé devant des journalistes Manuel Valls. Les policiers "ont eu des moyens supplémentaires, les moyens (...) existent mais il n'y pas de risque zéro, ils le savent", a ajouté le Premier ministre.

"Sur tous les fronts"

Il a invité les Français "à faire corps" avec les policiers. Ces derniers ont été violemment pris à partie ces derniers temps dans des manifestations liées à la contestation contre la loi Travail et doivent réprimer les débordements de holligans de l'Euro 2016.

"Trop c'est trop, nous sommes sur tous les fronts depuis plusieurs mois. Nous avons perdu 13'000 policiers et gendarmes sous le précédent quinquennat. Nous avons des renforts qui sont annoncés, (...) mais qui ne viendront que dans quelques années", a dénoncé sur iTELE Christophe Rouget, porte-parole du syndicat des cadres de la sécurité intérieure.

"C'est extrêmement difficile pour les policiers de récupérer en ce moment: doit-on continuer à autoriser des manifestations qui vont coûter beaucoup pour des policiers, sans compter le phénomène de hooliganisme qu'on avait un peu sous-estimé?", a renchéri Loïc Travers.

Selon le ministère de l'Intérieur, 77'000 personnels, dont 42'000 policiers et 30'000 gendarmes, sont actuellement mobilisés en France dans le cadre de l'état de l'urgence décrété après les attentats du 13 novembre dernier et pour la sécurité de l'Euro de football, notamment, qui s'achève le 10 juillet.