Exactions en Centrafrique: commission d'enquête nommée

L'ONU a nommé mercredi une commission d'enquête sur les exactions commises en Centrafrique depuis début 2013. Le pays est plongé dans le chaos depuis la prise du pouvoir par la rébellion majoritairement musulmane de la Séléka.

23 janv. 2014, 07:15
Anti-Balaka Christan youth loot the Muslim market in the PK13 district of Bangui, Central African Republic, Wednesday, Jan. 22, 2014. Hundreds of Anti-Balakas, helped by women and children, went on a rampage, burning and looting shops. Thirty civilian Muslims, trapped inside their home, were later rescued by French forces assisted by Rwandan African Union peacekeepers. (AP Photo/Jerome Delay)

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a nommé mercredi les membres d'une commission internationale d'enquête sur les violations des droits de l'homme commises en République centrafricaine (RCA). Active pendant une période initiale d'un an, elle traquera les responsables d'exactions commises depuis début 2013.

Selon un communiqué de l'ONU, la commission, créée conformément à une résolution adoptée le 5 décembre 2013 par le Conseil de sécurité, sera composée d'un secrétariat et de trois experts dans le domaine des droits de l'homme: Jorge Castaneda (Mexique), Fatimata M'Baye (Mauritanie) et Bernard Acho Muna (Cameroun). Ce dernier présidera la commission.

M. Castaneda est un ancien ministre mexicain des Affaires étrangères qui a enseigné dans plusieurs universités au Mexique et aux Etats-Unis. Mme M'Baye est une avocate spécialisée dans les droits de l'homme, vice-présidente de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) et cofondatrice de l'Association mauritanienne des droits de l'homme.

M. Muna, avocat à la Cour suprême du Cameroun, a été vice-procureur au Tribunal pénal international pour le Rwanda. Ces trois personnalités vont rencontrer prochainement à New York M. Ban avant de se rendre à Genève puis à Bangui pour y commencer leur enquête. Le haut-commissariat de l'ONU aux droits de l'homme leur fournira une aide technique.

Conclusions en juin 2015

M. Ban devra rendre compte en juin 2015 des conclusions des enquêteurs au Conseil de sécurité. Celui-ci a demandé à toutes les parties concernées de "coopérer pleinement" avec la commission.

La RCA est plongée dans le chaos depuis la prise du pouvoir en mars 2013 par la rébellion majoritairement musulmane de la Séléka, et des affrontements opposent régulièrement des membres des communautés musulmane et chrétienne. De très nombreuses violations des droits de l'homme ont été commises par d'ex-combattants de la Séléka, et par les milices chrétiennes dites anti-balaka qui les combattent.

Ces violences ont provoqué des déplacements massifs de population. Près d'un million de personnes ont fui leurs foyers en Centrafrique depuis fin mars 2013. Environ 2,6 millions de personnes, soit la moitié de la population, ont besoin d'aide humanitaire.

Risque de génocide

Lors de consultations mercredi au Conseil, un haut responsable de l'ONU a mis en garde contre un risque de génocide en RCA. Il s'est déclaré "choqué par l'intensité de la haine entre les communautés" musulmane et chrétienne.

"Les incitations à commettre des violences sur une base religieuse ou ethnique et les attaques délibérées et ciblées contre les civils (...) indiquent un haut risque à la fois de crimes contre l'humanité et de génocide", a estimé le conseiller spécial de l'ONU pour la prévention du génocide, Adama Dieng. Il a appelé à mettre fin à la "culture de l'impunité" qui prévaut dans le pays.

S'adressant elle aussi au Conseil, la représentante spéciale de l'ONU pour les enfants et les conflits armés, Leila Zerrougui, a évalué à 6000 le nombre d'enfants soldats en RCA. Zainab Hawa Bangura, réprésentante spéciale sur les violences sexuelles dans les conflits, a elle recensé 4530 cas de violence sexuelle "perpétrée par des hommes armés soupçonnés d'appartenir à la Seleka" entre janvier et novembre.

87 corps découverts

De nouvelles violences entre combattants musulmans ex-Séléka et des civils et miliciens chrétiens anti-balaka ont fait au moins dix morts mercredi à Bangui. Les affrontements se sont déroulés près du camp Kasaï, non loin du centre-ville, selon ces témoins. Ceux-ci ont indiqué avoir vu les cadavres de six ex-rebelles alignés devant la prison centrale et de quatre civils chrétiens aux abords du bâtiment.

La Croix-Rouge a annoncé la découverte cette semaine dans la capitale centrafricaine de onze corps, la plupart carbonisés, victimes des affrontements entre les deux milices. Antoine Mbao, président de la Croix-Rouge centrafricaine, a précisé à Reuters que celle-ci a trouvé 87 corps à travers le pays ces cinq derniers jours.

L'archevêque et l'imam de Bangui ont appelé ensemble à Paris la communauté internationale à accroître son soutien aux nouvelles autorités de transition en Centrafrique pour désarmer les chefs de guerre qui continuent d'imposer leur loi sur la majorité du pays.

Reportage de BFMTV à Bangui chez les anti-balaka