Etats-Unis: épilogue de la crise politique sans véritable vainqueur

Personne ne sort vraiment vainqueur de la nouvelle crise politique que viennent de traverser les Etats-Unis. Et le Tea Party, à l'origine de l'incendie, n'éprouve aucun remords.
17 oct. 2013, 16:37
Les travailleurs mis en congé sont retournés au travail et les parcs nationaux ont rouvert au public.

Que ce soit le président Barack Obama, ses adversaires républicains ou les Américains eux-mêmes, personne ne sort vraiment vainqueur de la nouvelle crise politique que viennent de traverser les Etats-Unis. Et le Tea Party, à l'origine de l'incendie, n'éprouve aucun remords.

La défaite la plus cinglante a été enregistrée par le président de la Chambre des représentants, John Boehner. "Nous nous sommes battus pour la bonne cause, mais nous n'avons pas gagné", a-t-il reconnu mercredi, après seize jours de blocage.

Sous pression du groupe populiste ultra-conservateur Tea Party, il avait exigé des concessions majeures sur la réforme de l'assurance-maladie, alias "Obamacare", pièce maîtresse du bilan social de M. Obama, une stratégie qui s'est avérée désastreuse.

A l'heure de l'accord, "Obamacare" reste largement intact et la cote des républicains a plongé dans l'opinion, au point de pouvoir laisser espérer aux démocrates une reconquête de la Chambre des représentants aux élections législatives partielles de novembre 2014.

Aucun regret

Quoi qu'il en soit, la fondatrice du groupe du Tea Party au Congrès, Michelle Bachmann, ne regrette pas cette crise. "Ça en valait la peine", "notre combat était le bon", a-t-elle assuré.

"Ce fut une victoire remarquable de voir la Chambre si courageuse", s'est félicité le Texan Ted Cruz, figure du mouvement au Sénat, alors que le représentant Matt Salmon assurait: "cette bataille n'est pas terminée. C'est le premier round".

Les élus du Tea Party "ont peut-être perdu du prestige" au plan national avec cet échec, relève Patrick Griffin, professeur de sciences politiques à l'American University (AU) de Washington. "Mais ils ont levé énormément d'argent et leur popularité n'a sans doute pas baissé dans leurs circonscriptions", selon lui.

Pas de percée pour Obama

Le porte-parole de la Maison Blanche Jay Carney a affirmé mercredi qu'"il n'y a pas de gagnants dans cette affaire". Barack Obama a certes tenu bon, lui qui avait juré de ne pas céder aux demandes de "rançon" de ses adversaires sur le budget ou le relèvement du plafond de la dette.

"Il aurait été absurde de négocier sur le relèvement de la dette. La menace d'un défaut était comparable à un acte de terrorisme et on ne négocie pas avec les terroristes", résume Thomas Mann, de l'Institut Brookings.

Mais un an après une réélection dont il avait espéré qu'elle ferait "baisser la fièvre" à Washington, M. Obama ne peut toujours pas se targuer d'avoir fait adopter un seul élément de son programme législatif.

Et s'il a répété mercredi soir son souhait de voir aboutir une réforme de l'immigration, on voit mal les troupes de M. Boehner lui faire des faveurs après cette énième escarmouche qui en annonce d'ailleurs d'autres, puisque la solution trouvée n'est que provisoire. Le prestige des Etats-Unis dans le monde a aussi souffert.

Nouvel affrontement en vue

"Le président a eu ce qu'il voulait, donc je pense qu'il est gagnant, mais il se retrouve aussi avec un nouvel affrontement majeur à venir en décembre", quand de nouvelles négociations budgétaires devront avoir abouti, fait remarquer James Thurber, ancien collaborateur d'élus du Congrès et professeur à l'AU.

Pour M. Mann, M. Obama "a affaibli le parti républicain, mais concrètement n'a pas amélioré sa capacité à faire progresser son programme".

Sa cote de confiance a elle aussi pâti de la crise, évoluant entre 43% et 48% selon les instituts. Et l'austérité budgétaire en vigueur depuis mars après l'échec de précédentes négociations budgétaires, va se poursuivre.

Rejet du pouvoir

En outre, cet épisode risque de nourrir le dégoût des Américains envers leurs élus, et pas seulement les républicains, remarque Lara Brown, spécialiste de sciences politiques à l'université George-Washington. "Le sentiment général est un rejet du pouvoir en place, et un désir de mettre à la porte tous les responsables de Washington", explique-t-elle.

De son côté, M. Carney a noté que "les Américains ont payé le prix" de cette crise "complètement superflue". Si les centaines de milliers de fonctionnaires vont être payés rétroactivement, la paralysie a en effet eu des répercussions sur l'activité économique.

Mercredi, l'agence de notation Standard and Poor's a évalué la perte économique à 24 milliards de dollars ou 0,6 point de croissance au quatrième trimestre.