Espagne: prescription pour 11 prêtres accusés de pédophilie

11 prêtres, accusés de pédophilie par un ex-enfant de choeur de Grenade, pourraient être acquittés par une cour espagnole. Selon la décision d'un juge publiée lundi, les faits seraient prescrits.

17 févr. 2015, 07:42
Le Vatican n'a pas pris les mesures nécessaires pour traiter des cas d'enfants abusés sexuellement par des prêtres et protéger les enfants, a affirmé mercredi à Genève le comité de l'ONU sur les droits des enfants.

Onze des douze inculpés dans une affaire de prêtres pédophiles en Espagne qui a ému le pape devraient échapper aux poursuites, les faits étant prescrits, selon la décision d'un juge publiée lundi. Celle-ci sera toutefois contestée en appel.

L'association de protection de l'enfance Prodeni, partie civile dans cette affaire, la plus grave visant l'Eglise espagnole par le nombre de personnes mises en cause, a immédiatement annoncé qu'elle ferait appel de cette décision.

Le magistrat d'un tribunal de Grenade, dans le sud de l'Espagne, a estimé qu'il devait "déclarer la prescription des délits d'abus sexuels sans pénétration, d'exhibitionnisme, et dissimulation de preuves", pour neuf prêtres et deux laïcs dénoncés par un ex-enfant de choeur de Grenade. Seul le curé de la paroisse que fréquentait l'enfant devrait selon lui être poursuivi.

Ces faits doivent faire l'objet d'une plainte dans les trois ans après la majorité de la victime, explique le juge Antonio Moreno dans ses attendus publiés lundi, citant le code pénal en vigueur au moment des faits qui a été durci depuis. Or, le jeune homme, âgé aujourd'hui de 25 ans, a déposé plainte fin 2014, soit plus de six ans après avoir atteint ses 18 ans en janvier 2008.

En revanche, le juge a décidé de maintenir les poursuites contre le curé pour des faits "qui pourraient être constitutifs de délit d'abus sexuel continu, avec introduction de membres du corps par voie anale et tentative d'introduction du membre viril".

Décision "qui fend le coeur"

Pour ces crimes, passibles d'une peine de quatre à dix ans de prison, le délai de prescription est de dix ans. La plainte déposée six ans après la majorité du jeune homme est donc recevable, précise le juge Antonio Moreno Marin dans sa décision du 26 janvier,

"Cette procédure ne fait que commencer (...). Que l'opinion publique sache que nous allons utiliser tous les recours possibles", a déclaré le président de Prodeni Juan Pedro Oliver Gimenez, estimant qu'il reste "des examens à faire" ainsi qu'un complément d'enquête.

Pour cet avocat de profession, il aurait fallu qualifier les faits "d'agression sexuelle", ce qui aurait évité la prescription pour les onze inculpés.

Depuis Londres, l'association de victimes d'abus sexuels de prêtres SNAP a dénoncé une décision "qui fend le coeur", appelant d'autres éventuels témoins à sortir de l'ombre. "Nous soupçonnons fortement que les inculpés ont exploité avec succès des points de procédure pour échapper à la justice. Si c'est le cas, ils devraient avoir honte", écrit SNAP.

Enquête voulue par le pape

Le pape François s'était ému de la lettre de cet ex-enfant de choeur, se présentant comme membre de l'Opus Dei et racontant le calvaire qu'il avait enduré pendant plusieurs années à Grenade (sud de l'Espagne).

Il détaillait les sévices et les viols qu'il dit avoir subis de la part du prêtre de sa paroisse entre l'âge de 14 ans et 17 ans, avec la participation ou la complicité d'autres personnes qui se réunissaient dans une villa avec piscine à Grenade.

Le pape l'avait encouragé à porter plainte et avait raconté à des journalistes, le 25 novembre, qu'il avait lui-même demandé à l'évêque concerné de lancer une enquête. Dix prêtres et deux laïcs ont ensuite été mis en examen pour participation aux abus sexuels dénoncés par la victime en tant qu'auteurs ou complices, entre 2004 et 2007.

Depuis, au moins une autre personne, âgée de 44 ans aujourd'hui, a dénoncé une tentative d'agression sexuelle par le même cercle, remontant à 1991.

L'archevêque de la ville Francisco Javier Martinez avait, en compagnie de huit autres prêtres, demandé pardon, le 23 novembre "pour toutes les fautes" commises dans cette affaire, en s'allongeant contre les dalles froides de la cathédrale de Grenade.