Espagne: 83 dirigeants impliqués dans une énorme fraude fiscale

L'ex-patron du FMI Rodrigo Rato est inculpé dans un scandale judiciaire en Espagne. 80 personnalités de la classe dirigeante sont également concernées. Ils sont accusés d'avoir fraudé plus de 18 millions de francs.
07 août 2015, 14:20
L'ex-patron du FMI Rodrigo Rato a été convoqué jeudi à Madrid par l'Audience nationale, le tribunal espagnol en charge des affaires financières. Il pourrait être inculpé d'infraction au droit des sociétés et détournement de fonds, dans le cadre d'un scandale touchant 83 personnalités de la classe dirigeante.

Le juge, Fernando Andreu, après avoir confirmé sa mise en examen pour infraction au droit des sociétés, lui a donné trois jours pour verser une caution de trois millions d'euros, faute de quoi ses biens pourraient être saisis, a indiqué une source judiciaire.

Fernando Andreu a aussi entendu l'ex-directeur financier de Caja Madrid, Ildefonso Sanchez Barcoj, et l'ex-directeur de Caja Madrid de 1996 à 2009, Miguel Blesa. Rodrigo Rato lui avait succédé au moment où Caja Madrid fusionnait avec six autres caisses d'épargne pour donner naissance à Bankia en 2010. Miguel Blesa, lui, doit régler une caution de 16 millions d'euros.

Rodrigo Rato, qui avait dirigé le Fonds monétaire international de 2004 à 2007 est arrivé vers 16h45. Il a été accueilli par une cinquantaine de manifestants l'accusant d'être un "voleur".

Quatre-vingt-six dirigeants et membres du conseil d'administration, y compris des membres de l'establishment économique et politque espagnol, ont reçu entre 1999 et 2012 des cartes de crédits occultes de Caja Madrid puis de Bankia. Parmi ceux-ci 83 les ont utilisées pour des achats d'un total de 15,5 millions d'euros (18,7 millions de francs suisses), s'offrant safaris, art, bijoux, maroquinerie de luxe et restaurants, selon une source judiciaire.

Safaris et vins

Dans le cas des dirigeants, ces cartes "B", comme la presse les a surnommées, venaient s'ajouter à leur carte de crédit professionnelle officielle. Les membres du conseil d'administration, eux, ne disposaient que de cette carte pour payer leurs frais de représentation, selon une source proche du dossier.

Mais dans certains cas, leurs bénéficiaires s'en sont servis pour bien d'autres choses. Miguel Blesa, avec un salaire annuel d'environ 3 millions d'euros, s'est offert par exemple avec cette carte des safaris en Afrique pour 9000 euros et a dépensé 10'000 euros en vin, rapporte la presse.

Retraits en pleine nuit

D'autres ont retiré des centaines de milliers d'euros en liquide, parfois en pleine nuit, ont acheté des bijoux, des vêtements de luxe, de l'électroménager, des meubles ou ont réglé restaurants et taxis avec ces fonds dont l'origine reste inconnue, détaillent les journaux. Certains ont remboursé les sommes dépensées après que l'affaire a éclaté début octobre, d'autres non.

Rodrigo Rato a rendu près de 55'000 euros sur 99'000, selon un audit interne mené par Bankia et que l'AFP a pu consulter. C'est cet audit qui a été transmis au parquet, entraînant l'ouverture d'une information judiciaire.

"La plus grande faute de la démocratie"

Le scandale éclabousse aussi bien la classe politique que des responsables syndicaux et du monde économique, mettant notamment en difficulté le Parti populaire au pouvoir (conservateurs), dont est issu Rodrigo Rato. Il suscite aussi l'indignation dans un pays où un quart de la population active est au chômage et tombe mal pour le gouvernement près d'un an avant les prochaines élections générales.

Le chef du gouvernement, Mariano Rajoy, s'est défendu jeudi devant le Congrès, assurant qu'il avait fait "tout que qu'un gouvernement doit faire" dans cette enquête, qualifié par le petit parti Izquierda plural (Gauche plurielle) de "la plus grande faute de la démocratie".

Ancien ministre sur la sellette

L'affaire pourrait coûter à Rodrigo Rato, ancien ministre de l'Economie et héros de la droite espagnole, ses postes actuels de conseiller dans plusieurs grandes entreprises. Il n'a cependant pas pour l'instant été écarté du PP au pouvoir, qui a tout de même créé une commission interne pour décider de l'avenir de ses 16 membres mis en cause. Le parti socialiste PSOE a fait le ménage dans ses rangs en expulsant dix de ses militants.