Elections catalanes: séparatistes au parlement et majorité absolue

Les électeurs ont dit "oui" à l'indépendance de la Catalogne en envoyant dimanche une majorité de députés séparatistes au parlement de Barcelone, a clamé Artur Mas, le chef de l'exécutif régional. Après dépouillement de 80% des bulletins, sa coalition a obtenu 63 sièges et la liste de la CUP (extrême gauche, indépendantiste) dix sièges. Assez pour avoir la majorité absolue.

27 sept. 2015, 20:30
/ Màj. le 27 sept. 2015 à 22:44
A Barcelone, les indépendantistes se sont rassemblés.

"Nous avons gagné (...), les Catalans ont voté 'oui' à l'indépendance", a clamé dans la soirée Artur Mas en quatre langues (catalan, espagnol, anglais et français) devant 2000 partisans rassemblés au centre de Barcelone qui scandaient "un seul peuple".

"A l'Etat espagnol, sans rancoeur, adieu", a de son côté lancé sur son compte Twitter Antonio Baños, chef du petit parti indépendantiste de la gauche anticapitaliste CUP.

Ce résultat permettrait aux deux forces d'avoir, à elles deux, une majorité absolue de 72 à 73 sièges sur 135 au parlement de Catalogne. La liste "Junts pel Si" ("Ensemble pour le oui") obtiendrait 62 sièges et le parti de gauche CUP, également sécessionniste, dix sièges. Le parlement comprend au total 135 sièges, soit une majorité absolue de 68. En pourcentage, les deux listes concentrent 47,3% des suffrages, selon ces résultats.

Les autres votes se seraient portés surtout sur les libéraux de Ciudadanos (19 à 21 sièges), opposés à l'indépendance, qui deviendraient le second parti de Catalogne, le Parti socialiste (14 à 16 sièges) qui prône une révision de la Constitution pour accorder plus d'autonomie aux Catalans, et à la gauche radicale ralliée autour de Podemos. Le Parti Populaire du chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy s'effondrerait et passerait de 19 sièges à 11.

Entente à trouver

Les partis coalisés derrière Artur Mas au sein d'"Ensemble pour le oui" doivent toutefois encore s'entendre avec la CUP pour former une majorité. Celle-ci a jusqu'à présent soutenu que l'indépendance ne pouvait pas être proclamée sans une nette majorité des voix. Elle ne veut pas non plus reconduire au pouvoir le conservateur Artur Mas, auquel elle reproche sa politique d'austérité.

Les autres partis ont appelé les indépendantistes catalans à ne pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

Grosse participation

Selon les chiffres du gouvernement régional de Catalogne, la participation a atteint dimanche 76,75 %, dépassant de 9 points celle du dernier scrutin régional en 2012.

Depuis trois ans, Artur Mas n'a cessé d'exiger un référendum d'autodétermination semblable à celui organisé en Ecosse il y a un an, où le "non" l'avait emporté. Mais Madrid a toujours refusé de scénario, arguant de son inconstitutionnalité.

Les Basques y songent

Plus au nord de l'Espagne, le président du gouvernement du Pays basque, Iñigo Urkullu, a réclamé dimanche une "consultation légale" sur l'avenir de la "nation" basque.

"Je crois à la possibilité d'une consultation légale et négociée", a dit M. Urkullu dans une déclaration télédiffusée. "Nous avons besoin d'un nouveau statut politique pour Euskadi", a-t-il ensuite lancé, lors d'un meeting organisé le Jour du Parti nationaliste basque (PNV), auquel participaient des milliers de partisans à Foronda.

"Nous sommes une nation, nous sommes le peuple basque, nous sommes des citoyens et citoyennes européens et européennes, avec leurs libertés et leurs droits historiques, nous avons une langue, une culture", a insisté le dirigeant nationaliste.

A la tribune, le président du PNV, Andoni Ortuzar, a pour sa part fait crier à l'assistance "Vive la Catalogne libre", en catalan. "Le mieux, c'est que les Catalans puissent décider de leur avenir librement, sans coercition, sans menaces, sans les campagnes tellement sales que nous avons vécues, et que ce qu'ils décident sur ce qu'ils veulent être, ils puissent le mener à bien, démocratiquement", a-t-il clamé. A la fin du meeting, des milliers de ballons aux couleurs du Pays basque ont été lancés vers le ciel.