Egypte : l'humoriste Bassem Youssef annule son émission de satire politique

L'humoriste égyptien Bassem Youssef dit subir d'"énormes pressions". Il renonce à son émission de satire politique.

02 juin 2014, 20:06
Egyptian satirist Bassem Youssef, who is known as ?Egypt?s Jon Stewart," speaks during a press conference in Cairo, Egypt, Monday, June 2, 2014. Youssef said Monday he has canceled his landmark TV show, which broke ground by lambasting its politicians and elites and mocking the pro-military fervor of the past year. Youssef said the atmosphere in the country no longer allows for political satire. (AP Photo/Amr Nabil)

Humoriste populaire en Egypte, Bassem Youssef a annoncé lundi avoir annulé son émission de satire politique, qui se moquait de l'ex-chef de l'armée et président élu Abdel Fattah al-Sissi. Il évoque d'"énormes pressions".

La chaîne MBC Masr diffusait l'émission hebdomadaire "Al-Bernameg" (Le Programme). Elle avait annoncé en avril la suspension du show durant le mois de mai pour "ne pas influencer" l'élection présidentielle, que M. Sissi a remportée de façon écrasante la semaine dernière, selon des résultats préliminaires.

"Les circonstances et les pressions sont plus énormes que quiconque" ne peut le supporter, a déclaré M. Youssef lors d'une conférence de presse. Il a ensuite précisé: "Nous avons préféré mettre fin à l'émission, plutôt que la trahir". Et d'ajouter: "L'ambiance n'est plus propice à des spectacles d'humour".

Selon les résultats préliminaires, M. Sissi a été élu avec 96% des voix en Egypte. Il suscite une vague de ferveur nationaliste depuis la destitution en juillet du président islamiste Mohamed Morsi.

Bête noire des Frères musulmans pour ses critiques au vitriol du président Morsi, M. Youssef s'est ensuite attiré de nouveaux détracteurs: les partisans de M. Sissi et de l'armée. Poursuivi en justice sous Morsi, il a été l'objet de plusieurs plaintes pour outrage à l'armée.

Il est une des rares voix discordantes dans le paysage audiovisuel égyptien. Les médias, publics ou privés, soutiennent de façon quasi-unanime M. Sissi et les nouvelles autorités mises en place par l'armée après la destitution de M. Morsi, dont les partisans ont été violemment réprimés.