Coronavirus: des Américains font la grève du loyer, la peur au ventre

A cause de la pandémie, de nombreux Américains ne peuvent plus payer leur loyer. 17 millions de personnes se sont inscrites au chômage en seulement trois semaines. Certains Etats ont interdit l’expulsion des locataires pendant la crise. Mais à la fin du confinement, ils devront payer les arriérés.

16 avr. 2020, 08:24
En 2018, 40% des Américains disaient ne pas avoir 400 dollars de côté en cas d'urgence, sans vendre ou emprunter (illustration).

«Je risque gros, mais je n’ai pas le choix»: Terra Thomas résume ainsi sa décision de faire la «grève du loyer», un mouvement naissant aux Etats-Unis chez les nouveaux chômeurs, qui sont pris entre le marteau et l’enclume.

«Je n’ai plus de revenus. Le choix, c’était de donner mes dernières économies à mon propriétaire, qui possède une entreprise multi-millionnaire, ou de garder cet argent pour manger et payer mon assurance-santé», raconte cette habitante d’Oakland, dans la baie de San Francisco.

En seulement trois semaines, près de 17 millions d’Américains se sont inscrits au chômage. L’arrêt forcé de l’activité économique, orchestré pour enrayer la progression du Covid-19, a des conséquences dramatiques dans un pays où de nombreux habitants, endettés, vivent sans soupape de sécurité.

 

 

En 2018, 40% des Américains disaient ne pas avoir 400 dollars de côté en cas d’urgence, sans vendre ou emprunter, d’après un rapport de la Réserve fédérale. Certains petits propriétaires proposent des remboursements échelonnés. Et plusieurs villes et Etats, parmi lesquels la Californie, ont fait passer des décrets interdisant les expulsions de locataires affectés par la crise liée au coronavirus. Mais quand le confinement sera levé, le moratoire prendra fin. Il faudra payer les arriérés, ou partir.

Endettement

«Les gens vont accumuler des dettes pendant le confinement et quand ce sera terminé, ils s’épuiseront à rembourser leurs crédits au lieu de reprendre leur vie et de se consacrer à leur avenir», s’indigne Hillary Ronen, une élue municipale de San Francisco. «Cela ne va faire que retarder la reprise, ça n’a aucun sens».

Avec d’autres députés locaux, elle a appelé le gouverneur de la Californie, le Congrès et le président Donald Trump à annuler les loyers et à proroger les remboursements d’emprunts immobiliers pour les propriétaires. Le plan de relance de l’économie américaine adopté à Washington prévoit des chèques d’environ 1200 dollars, qui seront versés notamment aux ménages défavorisés et de la classe moyenne. Mais ils ne suffiront souvent pas à couvrir les dépenses fixes, surtout dans les villes aux loyers surdimensionnés.

Les gens vont accumuler des dettes pendant le confinement et quand ce sera terminé, ils s’épuiseront à rembourser leurs crédits au lieu de reprendre leur vie et de se consacrer à leur avenir.
Hillary Ronen, élue municipale de San Francisco.

A San Francisco, «le loyer moyen, pour un appartement avec une chambre, s’élève à près de 3700 dollars par mois. C’est obscène», continue l’élue. «Il faut soit distribuer de l’argent en grande quantité aux locataires, soit annuler les loyers. Sinon des personnes et des familles vont se retrouver à la rue, en masse, dans tout le pays», affirme-t-elle.