Capitulation du Japon: l'empereur Akihito exprime de "profonds remords"

A l'occasion des 70 ans de la capitulation japonaise, l'empereur Akihito a exprimé samedi de "profonds remords" concernant les agissements de son pays durant la Deuxième Guerre mondiale.

25 août 2015, 16:18
epa04884453 Japanese Emperor Akihito (L) and Empress Michiko attend a memorial service at Nippon Budokan Hall in Tokyo, Japan, 15 August 2015. The annual ceremony marked the 70th anniversary of the end of World War II, remembering the Japanese soldiers and civilians who lost their lives.  EPA/KIYOSHI OTA

Le Japon a commémoré samedi les 70 ans de la capitulation du pays, le 15 août 1945. L'empereur Akihito a exprimé de "profonds remords" pour la Deuxième Guerre mondiale, alors que trois ministres se rendaient au sanctuaire du Yasukuni, provoquant la colère de la Chine.

"Réfléchissant à notre passé et gardant à l'esprit les sentiments de profond remords au sujet de la dernière guerre, j'espère sincèrement que les ravages de la guerre ne se renouvelleront jamais", a déclaré le souverain nippon, âgé de 81 ans.

"Avec l'ensemble de notre peuple, je rends maintenant hommage du fond du coeur à tous ceux qui ont perdu la vie dans la guerre, sur le champ de bataille et ailleurs, et je prie pour la paix dans le monde et pour le développement continu de notre pays", a-t-il ajouté.

Ecarté du texte officiel

L'empereur, auquel la Constitution interdit tout rôle politique, a déjà exprimé des remords par le passé, mais jamais au cours de son allocution annuelle pour cet anniversaire de la capitulation. Samedi, il s'est écarté du texte officiel de son discours, ce qui peut être interprété comme un reproche subtilement adressé à Shinzo Abe.

Le premier ministre a dit vendredi son "extrême douleur" face aux souffrances infligées par son pays durant la guerre tout en estimant que les générations postérieures au conflit ne devaient pas être obligées de s'excuser pour les erreurs du passé.

Les voisins du Japon, la Chine, la Corée du Nord et la Corée du Sud ont fait part de leur mécontentement après la déclaration de M. Abe. Ils la jugent insuffisante au regard des exactions commises par l'armée impériale en Asie au cours de la première moitié du XXe siècle.

Sanctuaire de Yasukuni

Dans un geste qui devait raviver encore l'ire de ces pays, trois membres du gouvernement se sont rendus samedi au sanctuaire de Yasukuni, qui honore un très grand nombre de soldats morts au combat mais également quatorze criminels de guerre.

"Je suis venue rendre hommage à ceux qui se sont sacrifiés pour leur pays" et "j'ai prié pour que soient poursuivis les efforts en faveur de la paix au Japon et dans le monde", a déclaré Haruko Arimura, la ministre chargée des questions féminines. Sa collègue Sanae Takaichi, chargée des affaires intérieures et de la communication, a de son côté estimé qu'il s'agissait "d'une question nationale".

Shinzo Abe lui-même ne devait pas se rendre samedi dans ce lieu de culte shintoïste, perçu en Chine et en Corée du Sud comme un symbole du passé militariste de leur voisin, mais il a fait parvenir une offrande rituelle, selon les médias japonais.

Un député du Parti libéral démocrate (PLD), Koichi Hagiuda, a dit s'être rendu à Yasukuni pour y représenter Shinzo Abe en tant que chef de file du PLD et non en tant que Premier ministre. "J'ai rendu hommage à l'âme de ceux qui ont sacrifié leur précieuse vie au cours de la dernière guerre", a-t-il dit.

Pékin a immédiatement réagi à ces visites. Le ministère chinois des affaires étrangères a exprimé "son opposition résolue et son vif mécontentement". Selon lui, cette visite reflète "l'attitude clairement mauvaise du Japon sur les questions historiques".

Réactions amères

Les voisins du Japon avaient déjà réagi amèrement aux propos prononcés vendredi par M. Abe. Une porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères a exigé des "excuses sincères" et exhorté Tokyo à "dénoncer explicitement la nature de cette guerre, faite d'agression et de militarisme, et assumer sa responsabilité dans ces guerres".

Pyongyang a vu dans la déclaration une "raillerie impardonnable du peuple coréen". A Séoul, des manifestants ont brûlé des photos de Shinzo Abe, tandis que la présidente Park Geun-Hye a estimé que ces propos "laissaient beaucoup à désirer" et a conseillé à Tokyo de mener des "actions sincères" pour gagner la confiance des pays voisins. Elle a néanmoins pris acte du fait que M. Abe disait assumer les excuses formulées par de ses prédécesseurs.

Les Philippines en revanche ont dit avoir construit avec l'ennemi d'antan "une solide amitié", estimant que, depuis la guerre, le Japon "a agi avec compassion".