Canada: une enquête conclut à un «génocide» contre des femmes autochtones

Selon un rapport public publié au Canada, plusieurs milliers d’Amérindiennes auraient disparu ou auraient été tuées dans le pays entre 1980 et 2012. L’enquête ne donne pas de chiffres exacts.

04 juin 2019, 06:49
"C'est une histoire qui est inimaginable pour la plupart des Canadiens. Mais pour beaucoup de gens, c'est une réalité déchirante", a réagi Justin Trudeau.

Plus d’un millier de femmes autochtones assassinées ou disparues au Canada ces dernières décennies ont été victimes d’un véritable «génocide». Telle est la conclusion d’une commission d’enquête publique qui a rendu son rapport lundi après plus de deux ans de travaux.

Des autochtones comme des non-autochtones étaient à l’origine de ces meurtres et disparitions. Certains étaient les partenaires de ces femmes, d’autres des membres de leur famille ou de leur entourage ou encore des étrangers, y compris des tueurs en série, selon ce rapport de quelque 1200 pages.

Le document a été présenté lors d’une cérémonie en présence du Premier ministre Justin Trudeau et des familles des disparues au musée canadien de l’Histoire, à Gatineau, ville québécoise située en face d’Ottawa.

 

 

Intitulé «Réclamer notre pouvoir et notre place», le rapport souligne que les femmes et les filles autochtones font face à un niveau de violence disproportionnellement élevé en raison des «actions et inactions de l’Etat qui trouvent leurs racines dans le colonialisme et les idéologies connexes, reposant sur une présomption de supériorité».

Selon des estimations officielles, environ 1200 femmes autochtones ont été tuées ou portées disparues au Canada entre 1980 et 2012.

Pas de nombre exact

Après avoir entendu ou recueilli les témoignages de plus de 2000 personnes, la commission estime que les victimes sont probablement plusieurs milliers, mais que «nul ne connaît» leur nombre exact.

Le rapport appelle à des réformes majeures, faisant 231 recommandations pour améliorer la sécurité, la justice, la santé et la culture pour les 1,6 million d’autochtones, Inuits et Métis, qui forment un peu plus de 4% de la population canadienne.

 

 

«Malgré des circonstances et des contextes variables, tous les meurtres et disparitions ont en commun la marginalisation économique, sociale et politique, le racisme et la misogynie qui font partie intégrante du tissu social canadien», a expliqué Marion Butler, commissaire en chef.

«Une histoire inimaginable»

«C’est une histoire qui est inimaginable pour la plupart des Canadiens. Mais pour beaucoup de gens, c’est une réalité déchirante», a réagi Justin Trudeau, qui a fait de la réconciliation avec les populations autochtones l’une des priorités de son mandat.

 

 

«Notre système de justice ne leur a pas rendu justice et a échoué malheureusement», a-t-il dit, sans jamais reprendre cependant le terme «génocide». «C’est honteux. C’est inacceptable et cela doit prendre fin», a-t-il insisté, promettant de lancer un «plan d’action national» pour apporter des réponses «concrètes et cohérentes» aux conclusions du rapport.